JIM QUEEN : un film d’animation gay délirant
Critique du film d’animation gay Jim Queen réalisé par Nicolas Athane et Marco Nguyen. Coloré et drôle.

Un film d’animation gay français rare dans le paysage cinématographique
Les propositions de films d’animations à thématique gay n’étant pas si nombreuses (notre préférée ici restant la série Rick & Steve : The happiest gay couple in the world), on ne peut qu’être curieux de découvrir ce Jim Queen qui est qui plus est une création française.
Les réalisateurs ont dû faire face à un véritable parcours du combattant pour le financement car les productions de ce genre ,100% gays, ont souvent du mal à rameuter le public hétéro en salles (qui ne se sent pas vraiment concerné) et un public gay qui a du mal à se mobiliser (souvent les films directement adressés à la communauté gay ont du mal à faire plus de 10 000 entrées lors de leur exploitation). A force de ténacité et d’une campagne de financement participative, Nicolas Athane et Marco Nguyen y sont arrivés et la magie du cinéma peut enfin opérer (avec en prime une sélection en séance de Minuit au Festival de Cannes 2026).

Jim Queen : un héros superficiel face à une étrange épidémie
Nous suivons le quotidien de Jim Parfait, le cliché du gay musclé et populaire. Bogosse, passant ses journées à la salle de sport, influenceur, dansant dans les boîtes de nuit, il profite de ses atouts et de sa jeunesse. C’est, étonnamment, d’emblée, un personnage peu sympathique montré comme très superficiel, nombriliste, voire parfois odieux avec les autres (peu à l’écoute de sa géniale meilleure amie et cruel avec son « rival » sous stéroïdes Pavel doublé par un très drôle François Sagat). L’existence futile de Jim est esquissée en parallèle de celle, plus attachante et touchante, de Lucien, un jeune gay maigrichon qui n’a pas encore fait son coming out et qui est un fan énamouré de lui. Fuyant sa mère, une ministre homophobe, Lucien réalise son rêve en rencontrant suite à une fugue Jim dans un club. Mais celui-ci le rejette violemment.
Pas sympa avec les autres, Jim va être frappé par un gros coup du sort : une épidémie déferle dans le monde gay et il va être contaminé. Il s’agit de L’Hétérose, un virus qui transforme les gays en hétéros clichés fans de foot et obsédés par les attributs féminins. Alors que toute sa vie tourne autour des apparences et du milieu gay parisien, Jim ne peut accepter de devenir hétéro et de perdre tout ce qui le caractérise. Il va alors se lancer dans une quête pour trouver un remède et va réaliser que la seule personne en mesure de l’aider est Lucien. Il va alors lui proposer de faire équipe…

Une satire queer corrosive et décomplexée
L’animation, un peu à l’ancienne, peut faire penser dans son esthétique parfois griffonnée à South Park (on y pense aussi pour le ton de l’ensemble qui est volontairement adulte et insolent, définitivement rafraichissant). S’il porte évidemment une déclaration d’amour à la communauté gay et prône la fierté contre les esprits obtus, Jim Queen se moque aussi et surtout assez férocement de tous les clichés qui peuvent en faire partie. Les gym queens en prennent particulièrement pour leur grade mais pas que. Avec peu de filtres, les auteurs pointent une communauté gay qui a du mal à se mêler au reste de la communauté LGBT, obsédée par les apparences et les rencontres faciles. C’est corrosif, débridé, avec pas mal de blagues crues qui rendent souvent hilare.

Un humour entre culture LGBT et références pop
300% gay et très Marais parisien aussi (avec des clins d’oeil amusants aux Tuileries ou au bar Le Bears’ Den) , ce long-métrage bonbon dispose d’un véritable souffle. C’est plein de couleurs, très rythmé, fun, avec beaucoup de personnages amusants et savoureux. Chaque scène multiplie les blagues et on passe avec un certain brio de l’universel (comme une parodie de scène iconique Disney pour le moins surprenante) à de l’ultra niche (comme une caricature de « kiffeur » à se tordre de rire par exemple).
Un ovni d’animation LGBTQ+ plein d’énergie
L’ensemble est foufou, à prendre au 10000 degrés, plein d’énergie, et constitue un ovni d’animation qui mérite les encouragements.
Film produit en 2026. Sortie au cinéma le 17 juin 2026
