SANS DESSUS DESSOUS (F.L.Y.) : confinement et rapport au queer
Critique du film Sans dessus dessous (F.L.Y.) de Rafael Albarran et Trent Kendrick. Deux ex confinés font le point sur leur rapport à eux et aux autres.
Jolie surprise que ce petit film indépendant plein de coeur porté par le duo Rafael Albarran et Trent Kendrick qui ont écrit le scénario, réalisé et tenu les deux rôles principaux. On devine donc logiquement que ce projet a quelque chose de très personnel.

Nous suivons à Los Angeles le jeune et joli Max (Trent Kendrick). Blond, athlétique, il passe beaucoup de temps à la salle de sport, entretient une relation amoureuse avec son coach, Hunter (Alexeev Dismuke), et vit de petits boulots. On le retrouve alors qu’il garde la villa et le chien d’un couple de gays aisés âgés partant en vacances.
Max reçoit la visite de son ex Rafael (Rafael Albarran) qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. Il lui rend service en l’hébergeant en dépannage alors qu’il arrive en ville pour tenter sa chance en tant que star du drag. Les deux garçons ont, on le devine, encore un certain nombre de choses non réglées vis-a-vis de leur rupture qui fût très douloureuse. Ils s’étaient séparés car ils prenaient des directions très différentes : Rafael embrassait de plus en plus son côté queer, sa féminité, ce qui mettait mal à l’aise Max, beaucoup plus hétéro-normé, encore marqué par des traumas homophobes et masculinistes.

Retrouvailles et confinement, entre feel good et introspection
Les retrouvailles qui devaient être très brèves vont durer finalement bien plus longtemps que prévu : le film prend place alors que la pandémie du COVID commence. Max et Rafael vont ainsi se retrouver confinés ensemble. L’occasion de se reconnecter, de profiter de tout le temps libre qu’offrait cette période mais aussi les incertitudes et le sentiment de solitude qui allaient avec. Au fil des mois, leur relation va passer par tous les stades. L’occasion pour eux de faire le point sur leur vie, leur passé, leur identité, leur rapport aux autres et à l’aspect fugace de l’existence.
On pourrait décrire ce projet comme profondément feel good car il fait beaucoup de bien et on en ressort touché et un peu plus léger, porté par son invitation à se libérer et à se réinventer. Mais ce serait peut-être un peu le réduire : SANS DESSUS DESSOUS a les atours d’une romcom gay ou d’un petit film léger mais aborde aussi et surtout des choses aussi universelles que profondes.

Identité queer, féminité et masculinité : deux visions qui s’opposent
Les deux personnages sont à la fois liés et séparés par leur rapport à leur identité, leur féminité, leur image. Rafael s’est battu pour s’assumer et porte fièrement du maquillage tout en ambitionnant de vivre de son drag. Pour Max, c’est beaucoup plus compliqué : derrière son apparence très attirante et lisse se cache un bon gros sac de noeuds et un rapport très compliqué à son homosexualité, moins libre qu’il ne veut le faire croire. Max veut qu’on l’aime, se soucie constamment du regard des autres et est embourbé dans cette image de « gay hétéro-normé » et masculin. Rafael va le bousculer et l’amener à une réelle introspection. Ce joli jeu de contrastes entre deux personnages qui s’aiment au-delà des divergences et des barrières, s’avère particulièrement fort et juste.

Une chronique sensible sur les relations humaines
Avec tendresse, amusement et justesse, le long-métrage nous fait aussi revivre cette période si particulière qu’était le confinement avec la possibilité de ne communiquer avec ceux qu’on aime que de façon virtuelle. Le rapport aux autres, à la famille (dont une grand-mère clé dans l’intrigue), à ses amis est aussi essentiel ici.
En explorant avec beaucoup de sensibilité des choses faussement secondaires et simples, Sans dessus dessous nous charme et nous émeut bien plus que tout ce qu’on aurait pu imaginer.
Film produit en 2023. Disponible en DVD, VOD et sur la plateforme de films LGBT Queerscreen
