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ADAM & YVES de Peter de Rome : amour fugace à Paris

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Classique gay méconnu, Adam & Yves est un véritable joyau sentimentale, bourré de belles références et empreint d’une folle poésie et sensualité. Un des meilleurs films de son auteur Peter de Rome auquel les amoureux des années 1970 ne résisteront pas.

Paris, début des années 1970. Les Champs-Elysées, les films x à l’affiche des cinémas, le soleil… Une voiture blanche avance, un foulard rouge à pois accroché sur le capot. C’est la voiture d’Yves (Marcus Giovanni), trentenaire français, brun, viril et moustachu. Il se gare et va retrouver un ami au Café de Flore. Yves nous est présenté comme un séducteur. Il commence ainsi sa journée en se demandant « Tiens, je me demande quel cœur je vais enflammer aujourd’hui… ». Ce à quoi son ami, un américain, lui répond : « Vous les français, vous êtes tous pareils, ils vont et viennent… », avant de plaisanter à la vue d’un cracheur de feu dans la rue : « He would give you a hot time ».

La conversation est interrompue alors qu’Yves remarque un homme séduisant dans la rue. On sait de par le titre du film qu’il s’agit d’Adam (Michael Hardwick). Après un moment d’hésitation, poussé par son ami, Yves fonce vers sa voiture pour suivre ce mystérieux inconnu avec lequel un jeu de regards s’était instauré. Il le suit jusqu’à son appartement et à l’audace d’aller frapper à sa porte. Adam lui ouvre, le laisse entrer. Silences, Yves déambule dans l’espace épuré. Adam est américain, Adam parle peu, Adam lui plaît. Yves s’allonge, Adam le rejoint. Ils couchent ensemble, Yves a les jambes en l’air, le pantalon pas encore totalement enlevé. Il aura fallu attendre 8 bonnes minutes pour que pointe du bout de son nez la première scène de sexe de ce film x d’auteur, réalisé par Peter de Rome. Un beau préambule, nous plongeant dans une ambiance Nouvelle Vague, avec une musique instrumentale raffinée, annonçant clairement d’entrée de jeu que les étreintes viriles, aussi explicites seront-elles, ne seront pas dénuées d’âme ni de sentiments.

La première scène x ne déçoit pas. C’est chaud, alchimie des acteurs, de leurs corps, la fièvre qui se lit sur les visages. Et si Adam prend Yves avec entrain, comme s’il faisait des pompes, il y met aussi de la tendresse. Après l’orgasme, Adam se blottit furtivement contre Yves avant de se retirer. L’’américain tente de faire la conversation, réalise qu’il ne s’est même pas présenté. Yves insiste sur le fait qu’il ne veut pas connaître son nom. Pour lui il s’agit d’une règle.

adam & yves film peter de rome

Même s’il paraît peu avenant, Yves passe la journée avec Adam. Ils prennent un verre au drugstore des Champs-Elysées, observent les parisiens allant chercher leur baguette quotidienne du haut d’une église… Plus encore, Yves offre à Adam le foulard qui était accroché à sa voiture. Et il l’emmène dans un bois, précisant que c’est là qu’il aime venir quand il éprouve le besoin de se retirer du monde. Adam rétorque que lui pense davantage souvent à se rapprocher du monde, des gens, plutôt qu’à s’en retirer. L’heure est aux confidences et, curieux, Yves demande à son partenaire du jour s’il a des « amis » comme lui à New York. Adam lui raconte alors le souvenir brûlant d’un après-midi durant lequel il avait rencontré un beau mécanicien, mi-polonais mi-irlandais, Bud. Là encore, quelques regards avaient suffi pour finir dans un appartement afin de se faire plaisir. Adam commente : « I found what I hoped, it was huge ». Lancement de la deuxième scène x, là encore dans un ton intimiste, entre le documentaire et la fiction, le réel et le fantasme. Musique hypnotique, sensualité, les corps se cherchent… Un peu à la façon du réalisateur Wakefield Poole, Peter de Rome semble chorégraphier le sexe, en faire une ronde magique et forcément orgasmique (avec à la clé une première fois en tant que passif pour le personnage d’Adam et une explosion finale assez spectaculaire). La scène joue de la langueur, fait frémir et est transcendée par la voix off du personnage d’Adam, aussi érotique que magnifiquement écrite. Sexy et poétique.

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Après le récit de ce souvenir, Yves et Adam continuent de déambuler ensemble dans Paris. Ils vont voir l’endroit où Oscar Wilde est mort, visitent le cimetière où se trouve la tombe de Jean Cocteau… Yves confesse : « Friendship is so difficult, so delicate, I often think I have no friends, just lovers… ». Et Adam d’émettre le désir de devenir un ami. Nouvel arrêt dans une église. Yves propose à Adam d’approcher ses yeux d’un trou dans le mur. Hommage à peine déguisé au Sang d’un poète de Cocteau qui venait d’être cité. Adam y voit, dans la pénombre, un bel éphèbe en train de se caresser face à son reflet. Musique puissante alors que le visage fixe de l’homme et ses caresses se superposent.

La nuit tombe et Yves invite Adam chez lui. Feu de cheminée, sculptures bizarres (évoquant, encore, l’univers de Cocteau). Adam insiste : il veut connaître le prénom de son amant dont il est évident qu’il est en train de tomber amoureux. Mais Yves résiste, ne lâche rien, prétextant qu’il s’agit d’un jeu. Alors qu’Yves mange sensuellement une grappe de raisins, Adam pense à Gretta Garbo. Il raconte qu’un jour il l’a aperçue dans la rue. Et on en arrive aux quelques images qui ont fait de Adam & Yves un petit phénomène : on découvre des images volées de Garbo dans New York, les dernières d’elles à être dans un film ! Pas de quoi en faire un foin : c’est filmé de loin, ça tient plus de l’anecdote marrante et inattendue. Pour Adam, bien sûr, le souvenir d’avoir croisé cette star immense reste quelque chose d’inoubliable. Yves et lui remettent le couvert, tout en douceur, alors que le feu derrière eux traduit bien la passion charnelle qui les anime. Adam se donne.

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Le lendemain, en voiture, Yves propose à Adam de le mettre à l’épreuve, de jouer avec lui. Adam dit jouer à son propre jeu et que ce n’est un jeu que pour une personne. Yves, tel un gamin lance : « That’s not fair », ce à quoi Adam a vite fait de rétorquer : « Since when are you playing fair ? ». Suit une parenthèse dans un cinéma parisien la nuit. Pendant la projection d’un film, plusieurs garçons, majoritairement noirs, descendent aux toilettes. Une extase en groupe se lance au milieu des pissotières. Les pantalons qui se baissent et les entrejambes en mouvement sont filmés au ralenti : la tête tourne. Après que tout le monde ait fini, la caméra s’arrête sur les pantalons baissés, au niveau des chaussures, tout près du sol.

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La lumière du jour revient et la conversation d’Yves et Adam reprend. Adam avoue regretter que lui et Yves ne semblent pas jouer au même jeu. Il ajoute que peut-être qu’un jour Yves viendra le voir à New York et qu’il comprendra ce qu’il a loupé. Yves répond qu’il adorerait cela. Musique classique / jazzy : la voiture s’arrête devant un aéroport. Adam va donc retourner aux Etats-Unis. « No tears, no name ». Dernier baiser. « Don’t look back ». A nouveau seul, Yves retourne au bois où il aime tant se recueillir. Il y voit un couple s’offrant un moment coquin volé. Un vieil homme viendra récupérer le mouchoir usé, une fois l’affaire terminée. On devine que cette rencontre avec Adam l’a bien plus touché que ce qu’il n’a voulu laissé transparaître. Ce bel américain était peut-être son miroir, son idéal (le nom du duo ne fait évidemment pas innocemment référence à la Bible). Paris et ses lieux appropriés ne seront sans doute plus jamais comme avant…Yves reprend sa voiture, repense à ses échanges avec Adam à propos d’une possible citation de Cocteau. Un Cocteau qui semble hanter le réalisateur et cette histoire. Pouvait-il en être autrement de ce portrait de deux hommes qui plus qu’un partenaire, un compagnon, cherchent avant tout la pureté de la relation amicale ?

« L’amitié est une création de l’homme, la plus haute de toutes. Elle comporte la clairvoyance, elle admet les défauts sur lesquels l’amour s’aveugle ». Jean Cocteau.

Film produit en 1974 et trouvable en VO sur le site américain Nakedsword

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)