CINEMA

AMERICAN GIGOLO de Paul Schrader : redescendre sur terre

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Beverly Hills. Julian Kaye (Richard Gere) sait se servir de son insolente beauté. Il est l’un des gigolos les plus demandés des environs, le seul à être admis au Country Club, brillant aussi bien pour son sex appeal que pour son élégance et son esprit vif. Sûr de lui, narcissique, il entretien rigoureusement son corps, a les placards pleins de costumes plus classes les uns que les autres. Il mène la grande vie, conduisant un cabriolet, passant son temps dans des clubs select et autres grands hôtels. Il n’est cependant pas « free lance » et dépend de son « amie » mais surtout Mère maquerelle pour trouver des clientes vieillissantes en quête de plaisir.

Il travaille aussi fréquemment avec Leon, un maquereau pour lequel il accepte un soir de rendre un service, l’amenant à exécuter une passe qu’il qualifiera de sale boulot (un plan avec un couple – le mari voyeur, lui demandant de sodomiser sa femme devant lui et de la violenter !). Alors qu’il croise le chemin de Michelle, femme mariée à un sénateur, qui s’ennuie et essaie maladroitement de le « brancher » pour un moment tarifé, Julian se surprend à se laisser séduire, à ressentir des émotions dont il s’était jusqu’alors coupé. Mais cette liaison n’arrive peut-être pas au bon moment. La femme du couple qu’il avait violenté lors de sa passe est retrouvée morte. La police le suspecte. Petit à petit, Julian réalise qu’il est le suspect numéro un et qu’il pourrait être la cible d’un plan visant à le faire sombrer…

american gigolo film

Dès son ouverture, avec la chanson de Blondie « Call me » ,qui sera par la suite reprise comme thème musical à diverses sauces, American Gigolo nous entraîne dans un Los Angeles glamour et bling bling. Julian Kay roule en cabriolet, évolue dans un monde sexy et chic, vit dans un superbe appartement à la décoration du meilleur goût, s’habille en Armani. Il est terriblement sexy, sensuel, à l’aise en toute circonstance. Personne ne peut lui résister. Le réalisateur Paul Schrader montre la prostitution au masculin, oubliant le possible aspect glauque de la profession, en rajoutant dans le fantasme.

Julian est hétéro, ne couche qu’avec des femmes, refuse des passes quand il ne se sent pas à l’aise avec certaine propositions, dit s’épanouir dans son activité, aussi marginale puisse-t-elle être (il se sent utile et rien ne le rend plus fier que de donner du plaisir à des femmes qui n’avaient pas eu d’orgasmes depuis des années avant de le rencontrer). Parlant plusieurs langues, charmeur, bien élevé, il est toujours l’homme de la situation. Les clientes l’adorent, il est à un point de sa « carrière » où il peut se permettre de fixer ses propres règles. Baignant dans le luxe, l’argent facile, déambulant à L.A. comme s’il en était le prince, Julian oublie que son métier peut amener bien des revers. Il réalise qu’il est une proie facile quand une femme avec qui il a fait une passe est retrouvée morte. On cherche à lui faire porter le chapeau.

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Gagner (très bien) sa vie en utilisant à bon escient sa beauté et son corps peut apparaître comme une facilité. Mais quand un pépin survient, tout devient moins drôle, différent. Julian n’ose d’abord pas donner son alibi, ne souhaitant pas égratigner la réputation de la cliente mariée avec laquelle il se trouvait le soir du crime. Puis, quand il réalise qu’il est sur le point d’être envoyé sous les verrous, il sollicite son aide. Sans grande surprise, l’épouse niera tout devant son mari. Pas question de se souiller pour sauver un petit gigolo. La victime étant mariée à un homme influent, on suspecte à peine ce dernier alors qu’il s’avérera être un pervers, possédant une multitude de sex toys dans un tiroir de son bureau, homosexuel refoulé prenant son pied à voir des hommes « utiliser » et violenter sa femme. A force d’être reçu dans les endroits branchés et select, Julian pensait être intégré à la haute société, pouvoir faire illusion avec son argent. Il réalise que tout n’était qu’un mirage et que tout ce qu’il a pu gagner peut lui être repris. Une descente aux enfers commence. Il tient à ne pas perdre son sang froid mais on sent fléchir sa confiance en lui, négligeant son apparence, n’ayant plus le cœur à la tâche, demandant des faveurs…

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Contre toute attente, c’est l’amour qui pourrait le sauver. Sa liaison avec Michelle, femme mariée à un sénateur et réellement éprise de lui (et qu’il aime en retour) pourrait changer la donne, même s’il refuse son aide. On passe du film glamour et un poil cynique à un thriller pour basculer dans une véritable love story. Le mélange des genres se fait naturellement et le divertissement tient la route. Image léchée, décors et costumes de rêve, cabriolet, puis bar à cul gay, toilettes, voiture d’occasion : Schrader montre l’attrait du mirage de Beverly Hills, de l’argent qui vient vite avant de faire redescendre son héros sur terre. Finalement l’affaire de meurtre sera l’occasion pour Julian de reprendre sa vie en main, de peut-être s’arrêter à temps, avant que son travail ne tourne au glauque.

Le film, joliment mis en scène, doit indéniablement beaucoup à Richard Gere, véritable bombe sexuelle, bourré de charme et parfait dans la peau d’un gigolo pas comme les autres. Il trouve là un de ses rôles les plus cultes et iconiques.

Film sorti en 1980 et disponible en VOD et DVD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)