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Antimony Berg : en toute intimité

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Il y a quelque chose de très personnel dans le travail d’Antimony Berg. Et pour cause : ce dernier fait notamment la part belle aux autoportraits. Avec pas grand chose et beaucoup de talent, il délivre une sorte de journal intime photographique, capture les petites choses et émotions du quotidien avec simplicité et naturel. 

Il émane de son travail quelque chose de très universel (le fait qu’il ne soit pas le cliché ambulant d’Instagram type grand barbu avec des abdos aide) : on s’identifie, on ressent facilement ce qu’il a voulu partager, entre mélancolie et dérision. Et c’est un de ces comptes qui débordent de charme : plus on le regarde, plus on craque pour ce garçon, plus on trouve de la sensualité là où on ne l’attendait pas forcément.

Si le photographe improvisé modèle est très présent sur son compte Instagram, il aime aussi comme tous les artistes rencontrer des gens et se frotter à d’autres univers. Ainsi retrouve-t’on d’autres garçons qui nous ouvrent eux aussi la porte de leur intimité. Le désir est palpable, parfois sans complexe et sans tabou, toujours bienveillant et avec une forme de douceur. 

 
 
 
 
 
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Avec la période covid, le travail d’Antimony Berg a vu son écho se décupler. Lui qui a toujours capturé les instants de la vie en intérieur se retrouve au final être l’un des jeunes photographes qui plus ou moins consciemment expriment aujourd’hui le mieux ce que l’on ressent seul dans son petit chez soi. 

Enfin, à travers cette oeuvre intimiste et libre on peut aussi voir le portrait attachant d’un garçon gay qui se cherche, qui se confronte à son image, à son corps et aux autres. On aime beaucoup ce qu’il fait et on lui a posé quelques questions auxquelles il a accepté de répondre. 

ANTIMONY BERG, L’INTERVIEW 

Où vis-tu ? 

J’habite dans le XVII arrondissement de Paris depuis 2017. Je suis italien avec des origines françaises et je suis né (et j’ai vécu toute ma vie) à Milan. J’ai passé 6 mois à Paris en 2016 pour un Erasmus et je suis tombé amoureux de cette ville, le « mood Erasmus » a beaucoup aidé. On dit souvent que les étudiants Erasmus considèrent leur ville d’échange comme la meilleure ville du monde. C’est pour ça qu’après l’Erasmus j’ai fait de mon mieux pour revenir y habiter. Et, donc, me voilà !

Peux-tu nous parler de ta méthode de travail ? 

Ça dépend un peu du type de photos que je veux faire. Je fais beaucoup d’autoportraits, j’aime bien représenter mon quotidien dans mon appartement. Quand j’ai une idée de photo qui me vient à l’esprit, je prends mon trépied, je teste un peu le positionnement et puis je prends les photos à l’aide de l’appli sur mon portable. Je trimballe mon trépied partout ! J’adore prendre des autoportraits pendant mes voyages, dans des chambres d’hôtel ou dans la nature. Qui dit autoportrait, dit beaucoup BEAUCOUP d’essais, surtout quand tu dois te mettre dans une position inconfortable pour réaliser la photo. C’est pour cela que j’ai décidé de rester sur de la photographie digitale.

Je fais aussi pas mal de photos avec d’autres modèles. Parfois ils viennent chez moi, parfois je vais chez eux. Ça dépend de la série que je veux faire. En général, si possible, j’aime beaucoup saisir le modèle dans son environnement personnel pour avoir une représentation authentique de son quotidien.

Qu’est-ce qui te tient à cœur de montrer à travers tes photos ? 

Mes photos ont pour moi une double signification. D’abord, j’utilise la photographie pour exprimer mes sentiments, mes peurs, mes désirs, tout ce que je n’arrive pas toujours à exprimer avec la voix. Le corps est au coeur de mon travail, souvent dans son état le plus simple car c’est dans ces moments-là qu’on est le plus vulnérable, lisible et que l’on cache plus difficilement nos pensées. C’est cette authenticité que je veux capter à travers mes photos. 

J’aimerais aussi à mon échelle lutter contre le conformisme de notre société et les préjugés par rapport à la sexualité. Il y a encore beaucoup de tabous et quand on s’exprime librement sur le sujet il y a toujours le risque d’être catégorisé comme pervers.

Je veux montrer la beauté de l’intimité et du corps, je pense que ça mérite d’être représenté dans l’art et que l’on ne devrait pas craindre la censure. 

3 photos que tu as faites et que tu aimes particulièrement et pourquoi ? 

antimony berg photo

J’aime particulièrement la lumière et le décor de cette photo. J’y suis très attaché pour deux raisons. Déjà car c’est le tout premier autoportrait  que j’ai réalisé dans une chambre d’hôtel. Et aussi car c’est la première photo qui a suscité l’intérêt d’une artiste pour être publiée dans un magazine.

antimony berg photo

Cette photo est issue de ma série « Curfew Melancholia ». Ces autoportraits étaient compliqués à réaliser et en même temps c’était très amusant pour moi. Je voulais exprimer avec un ton comique mon intolérance envers la routine.

antimony berg photo

Pour moi l’une des photos les plus belles et sensuelles que j’ai faites. Elle est d’ailleurs accrochée au mur chez moi. 

Qu’est-ce qui t’inspire pour créer ? 

Je me laisse surtout guider par mon humeur et par l’aménagement du lieu où je shoote. J’aime bien exploiter au maximum l’environnement où je suis en bougeant les meubles et en essayant des points de vue et des positions différents. Cette phase de préparation me donne souvent de nouvelles idées.

A part ça, le travail des autres photographes est aussi une grande source d’inspiration, de Ren Hang et Robert Mapplethorpe jusqu’à Florian Hetz, Spyros Rennt, Oli Raptor et tous les autres artistes queer que j’ai appris à connaitre à travers les réseaux sociaux. 

Chaque jour je suis inspiré par le travail de cette communauté d’artistes queer qui se battent pour s’affirmer et faire valoir leur travail. C’est ce qui me donne la force de continuer malgré la censure quotidienne et l’indifférence de la société.

Comment t’es venue la passion de la photo ? 

J’ai toujours été passionné par la photo. Depuis que je suis petit, j’ai l’habitude de prendre en photo tout ce qui m’entoure. Jusqu’à mes 25 ans je prenais en photo quasi-exclusivement des paysages, mes lieux de vie et mes vacances.

La première fois que j’ai pris un autoportrait dans le plus simple appareil (sans compter les photos pour Grindr bien évidemment) était en aout 2017, quand je venais de déménager à Paris. Je cherchais encore un appart à louer et je squattais la chambre d’une pote qui était en vacances. Un soir j’avais tout l’appartement pour moi : dans le salon il y avait un canapé assez vieillot éclairé par l’enseigne lumineuse d’un restaurant. Quelque chose s’est déclenché dans ma tête et j’ai tout de suite visualisé une possible photo sur ce canapé.

Depuis ce moment-là, j’ai commencé à expérimenter ce type de photographie chez moi, jusqu’au moment où j’ai décidé de rendre mon travail public et ouvrir un site et un compte Instagram ad hoc. 

Tes photos montrent souvent juste un bout des corps. Pourquoi ?

Ce sont souvent les autoportraits qui sont « coupés ». J’aime l’idée que la personne qui voit la photo puisse s’identifier avec la situation capturée et ressentir ce que je ressens. 

Il y a aussi un côté très sensuel : je trouve que ce style de réalisation laisse beaucoup plus de place à l’imagination. On peut imaginer l’identité du sujet, l’expression du visage, ou encore, les parties du corps qui ne sont pas visibles. 

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Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)