FICTIONS LGBT

BERLIN DRIFTERS de Kôichi Imaizumi : solitude et soif de rencontres à Berlin

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Encore peu connu en France, Kôichi Imaizumi tisse à travers ses films une oeuvre particulière entre sensibilité, fantaisie et intimité montrée à travers des scènes explicites. Berlin Drifters voit le réalisateur poser sa caméra à Berlin (ville qu’il connait bien pour avoir été fréquemment mis à l’honneur au Porn Film Festival local et dont l’organisateur Jürgen Brüning est par ailleurs l’un des producteurs de ce film).

Ryota (Lyota Majima) arrive à Berlin après avoir dialogué en ligne avec un allemand lui ayant dit qu’il était tombé amoureux de lui. Il pense s’installer chez lui. Mais après avoir couché ensemble, voilà que Ryota se retrouve mis à la porte ! Sans logement et avec très peu d’argent sur lui, il n’est pas sûr de pouvoir rester dans la ville même s’il en a envie.

En attendant de décider s’il rentre ou non, il décide d’oublier sa déception en parcourant les sexclubs de Berlin, connus pour leur atmosphère débridée. Alors qu’il est entouré d’hommes dans une backroom, un des clients, qui est japonais comme lui, Kôichi (Kôichi Imaizumi) tombe sous son charme. Kôichi est venu prendre un verre avec un de ses amis. Après que Ryota ait fait son affaire, il l’aborde. Et constatant qu’il est à la rue, il lui propose de venir dormir chez lui. Evidemment, une fois à l’appartement ils se sautent dessus.

Les jours qui suivent, Kôichi propose à Ryota de s’installer avec lui. Il espère que cela les rapprochera, lui qui tombe discrètement amoureux. Mais le jeune homme est emporté par l’énergie sexuelle de la ville et n’arrête plus de sortir pour faire des rencontres plus torrides les unes que les autres. Jaloux, Kôichi le laisse vagabonder et lui demande de tout lui raconter quand il rentre chez lui… avant de l’amener à reproduire ces actes en sa compagnie.

Les choses se compliquent quand Ryota tombe sous le charme d’un beau néerlandais dominant. Quand il confesse à Kôichi qu’il tombe amoureux, ce dernier est abattu…

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Il y a plein de choses intéressantes dans ce film x gay indépendant japonais. Certes c’est une toute petite production faite avec peu de moyens et qui ne parvient pas à masquer quelques soucis techniques (un son notamment pas toujours très propre) mais le réalisateur Kôichi Imaizumi a le mérite d’apporter un vrai vent de fraicheur et de sensibilité au genre. Les scènes explicitent sont aussi travaillées que les parties scénarisées qui n’ont rien de superflu. Il y a une vraie histoire qui se déploie ici, touchante, sincère, à laquelle beaucoup de gays pourront s’identifier.

C’est la quête identitaire d’un jeune gay en manque d’amour, assoiffé de rencontres. Ryota multiplie les rencards hot, filmés frontalement et de façon très stimulante. Lui qui aimerait tant trouver un compagnon ne remarque pas qu’il l’a juste sous son nez : Kôichi l’aime, ne demande qu’à prendre soin de lui et le comble sexuellement, le dominant comme il aime ou lui permettant aussi d’exprimer sa propre facette d’actif. Jeune et pas très loquace, Ryota ne voit pas comme parfois sa nonchalance peut blesser son colocataire énamouré. Très chaud mais aussi coeur d’artichaut, le jeune japonais pourrait vite se brûler les ailes dans un Berlin où les êtres se dévorent aussi vite qu’ils puissent se faire éconduire.

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L’autre grand portrait du film c’est celui de Kôichi, interprété par son réalisateur lui-même (qui a par ailleurs une vraie gueule, un charme qui se révèle à travers le métrage – ses propres scènes x sont très réussies). Un homme fin de trentaine / début de quarantaine qui voit le nouvel objet de son affection lui échapper et qui ne s’impose pas vraiment, presque dans la fatalité. C’est que Kôichi est travaillé par d’autres choses, comme une maladie qui le submerge (la dernière partie, émouvante, mettra davantage cet aspect faisant de Berlin Drifters un drame à la force inattendue).

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Le duo d’acteurs et performer est d’un naturel qui rend l’ensemble encore plus attachant. Et qu’on se le dise : si l’histoire est très plaisante à regarder, les parties explicites le sont tout autant. Elles alternent parfaitement tendresse, passion, mélancolie et kinky. Et Ryota rencontre des allemands aussi hot qu’authentiques (c’est aussi la grande différence avec un film de studio – ici pas de mecs aux physiques surfaits mais plutôt des mâles ordinaires dont le charme se révèle diablement érotique). Pépite.

Film produit en 2017. Berlin Drifters est disponible sur le site pinkx.eu en VO anglais. En cette période de confinement, le site propose son accès à seulement 1 euro. Ils ont un très bon catalogue qualitatif donc c’est l’occasion de se laisser tenter. Par ailleurs pour ceux qui sont plus télé, PinkX la chaîne est aussi dispo pour 1 euro en ce moment. Merci Pink de penser à nous :p

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3