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Bibio, Mind Bokeh : le rêve qui ne s’arrête jamais

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Excellente nouvelle en ce mois d’avril 2011 : le retour de Bibio avec un nouvel album, Mind Bokeh. Découvert sur le tard avec  Ambivalence Avenue, Bibio est un artiste anglais toujours en recherche de nouveaux sons et d’expérimentations rêveuses dont je me suis rapidement amouraché. Mind Bokeh ne déroge pas à la « règle onirique » ne serait-ce que par son titre évoquant un effet, un flou d’arrière plan de photographie permettant de détacher le sujet de son environnement. Invitation à laisser son esprit divaguer, à s’aventurer vers des horizons colorés et parfois tourmentés…

On commence fort et dans une certaine noirceur avec l’exquis Excuses. L’introduction berce, on est prêt à s’endormir, mais prudence : le rêve pourrait se muer en cauchemar et laisser derrière lui une mélancolie sans fin. Morceau qui s’achève dans une sorte de torrent sonore. Qu’on se le dise : Bibio continue d’expérimenter, de proposer une musique tortueuse où l’on s’égare entre spleen et émerveillement.

Succède Prententious avec son sample venu d’ailleurs. D’où ? On ne sait pas trop : l’Asie, l’Inde…Qu’importe, le son est hypnotique, une voix funky s’invite et fait basculer l’ensemble. Nous ne sommes plus dans la réalité, on est bien au cœur de ce fameux flou qui commence sérieusement à scintiller et à nous envelopper, nous transporter vers des univers insoupçonnés.  Mais le disque décolle vraiment avec Anything New, véritable splendeur electro pop. Une sorte de boite à bonbons acidulés, piquante et ravissante. Instantanément entêtant, ce titre nous fait glisser sur un arc en ciel qu’on ne peut espérer être qu’infini. A la fin de son écoute, on est déjà persuadé de tenir là un des meilleurs albums de l’année.

Ca continue, tout tourne, se déforme pour notre plus grand plaisir.  Ce que l’on a dans les oreilles nous semble à la fois très familier et profondément exotique (Wake up !), original . Light seep comblera ceux qui avaient déjà craqué pour Ambivalence Avenue. Retour aux mélodies funk, à une mélancolie dansante fulgurante, délicieusement abstraite.

Se fichant des étiquettes, Bibio passe un peu du coq à l’âne et dévoile alors Take off your shirt, un single qui pourrait largement faire de l’ombre à Phoenix. Après cette parenthèse plus mainstream, l’artiste se remet à bidouiller dans son coin avec des créations plus secrètes, qui se méritent (Artist’s Valley ; K is for Kelson ; Mind Bokeh – compositions très éloignées les unes des autres mais témoignant du même amour du risque).

La fin approche et surprise : il se pourrait que le meilleur soit encore à venir. A l’image de ce More Excuses qui ne manquera pas de faire chavirer les cœurs, surtout ceux des amoureux d’une pop grâcieuse et audacieuse. En milieu de parcours, en plein sommet, le titre trébuche et bascule dans une nouvelle débauche electro.

Avant dernier morceau, Feminine Eye a tous les atouts pour faire flancher n’importe quel gay de l’autre côté. Berceuse de bébé, electro, un peu de funk, de la pop encore et toujours, un envol jazzy…On jurerait sentir ce regard, être possédé par un étrange parfum. Bibio est fou, Bibio ose tout et nous propose ni plus ni moins une des aventures sonores les plus ludiques, malicieuses et enchanteresses de l’année. Tout en « douceur sautillante », Saint Christopher clôture le rêve. Il va être temps de se réveiller. Rassurons-nous : on peut toujours décaler le réveil, remettre le disque en route et continuer de nous laisser balader dans des rêveries aux mystères inépuisables.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)