CINEMA

CLARA ET MOI de Arnaud Viard : amour et immaturité

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Antoine (Julien Boisselier) a 33 ans et est comédien. Aimé de ses amis, en apparence très sûr de lui, il est pourtant dans un certain état d’instabilité. Les castings se succèdent sans résultat et le poids du célibat commence à se faire sentir. Puis voilà qu’un jour, dans le métro, le charmant trentenaire croise le regard de Clara (Julie Gayet), une belle hôtesse. Coup de foudre. Ils échangent leur numéro de téléphone puis se revoient. Commence une histoire d’amour merveilleuse, insouciante, plus belle et plus forte chaque jour. Mais le rêve éveillé s’arrête net alors que Clara découvre qu’elle est séropositive. Idéaliste et rigide, Antoine commence à douter de leur avenir et n’est pas certain d’avoir les épaules pour l’accompagner dans cette terrible épreuve…

Le cinéma français regorge de drames intimistes ou de comédies romantiques mettant en scène des trentenaires plus ou moins bobos. Avec un personnage principal comédien, des balades à Odéon, une (très belle) bande-originale signée Benjamin Biolay et tout un tas de seconds rôles très typés (le pote un peu collant et pas très beau mais rigolo ; la meilleure amie et ex amoureuse transie qui donne des leçons de vie ; la fille seule et amère qui cache une grande vulnérabilité…), Clara et Moi n’aurait pu être qu’un film de plus. Sauf qu’Arnaud Viard filme l’amour quasiment comme personne et nous emporte durant la première partie du film dans un véritable tourbillon de sentiments.

Impossible de ne pas être dans l’empathie, de ne pas vibrer, s’envoler même, aux côtés d’Antoine et Clara, tombant éperdument amoureux, s’inventant un monde à eux. Julien Boisselier et Julie Gayet, merveilleux, apportent à chaque scène un charme et une sensibilité incroyables. Confidences sur l’oreiller, déclaration d’amour en chantant sur les bords de Seine : tout ce qui ailleurs pourrait paraître grossier ou déjà-vu apparaît ici comme juste, irrésistible. Car le réalisateur nous fait tomber amoureux de ses personnages, de l’amour, impose sans mal l’évidence.

Et c’est justement parce que l’on est sur un nuage avec ces deux amoureux pendant toute une partie du film que la descente fera l’effet d’un véritable coup de poignard. Alors que Clara se révèle malade, Antoine change complètement, se montrant plus immature, lâche et égoïste que jamais. Ainsi, dans une deuxième partie à la fois plus lente, assurément surprenante, Arnaud Viard fait le portrait d’un homme-enfant incapable de grandir, de faire des compromis. Conscient que Clara est la femme de sa vie, qu’il ne peut plus vivre sans elle, Antoine ne peut s’empêcher de fuir car elle ne correspond plus au scénario idéal qu’il avait en tête. Un comble pour ce parisien qui en a toujours voulu à son père de ne pas l’avoir soutenu le jour où il a voulu devenir acteur, emprunter un chemin non tracé…Portrait d’homme, et surtout de cette étrange créature qu’est le comédien, Clara et moi déjoue les pronostics et s’assombrit au fil du récit. Et si Antoine s’était enfermé lui-même dans une sinistre prison l’empêchant d’évoluer, d’accéder au bonheur ?

Acteurs incroyables, dialogues très bien sentis, mise en scène à la fois intimiste et fantaisiste : Clara et Moi fait partie de ces petits films qui une fois vus ne vous lâchent plus avant longtemps.

Film sorti en 2003 / Disponible en DVD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)