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CLOSET MONSTER de Stephen Dunn : vaincre ses démons

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Canada. Pendant son enfance, Oscar (Connor Jessup) a été doublement traumatisé. Par la séparation de ses parents d’abord : son père, à vif, étouffant, a épuisée sa femme qui a un jour décidé de quitter la maison familiale pour tenter de refaire sa vie. Par le spectacle d’une agression homophobe ensuite : en trainant près d’un cimetière, le jeune Oscar a vu un jeune gay se faire tabasser jusqu’au sang.

C’est peu dire, qu’à l’âge de la fin de l’adolescence, submergé par ses premiers désirs, le jeune homme entretient une relation pour le moins conflictuelle à son identité. Oscar sent qu’il est gay, est ensorcelé par la beauté de Wilder (Aliocha Schneider), un garçon avec qui il travaille dans un grand magasin de bricolage. Mais il refoule : peur de ne pas plaire, de ne pas y arriver, d’ébranler son père qui lui a bien fait comprendre qu’il n’aimerait pas avoir un fils homo, de finir battu à mort par des fachos.

Pour s’échapper de ses peurs, l’adolescent rêve de cinéma (il a postulé dans une école pour être maquilleur effets spéciaux), se perd dans ses rêveries et compte sur sa plus fidèle amie : son hamster qui répond au nom de Buffy et à laquelle il s’est toujours confié. Le temps de quelques semaines décisives, Oscar va voir sa vie et son univers exploser, pour grandir et assumer enfin. 

closet monster film stephen dunn

Pour son premier long-métrage, le réalisateur Stephen Dunn s’essaie au genre archi balisé du film de coming out adolescent. Et il le transcende complètement ! Hommage aux années 1990, son teen movie mélancolique orné d’une bande-originale démente reprend l’esthétique de ces films qu’on louait au vidéoclub le samedi soir avec ses amis. De quoi déjà donner à l’ensemble un certain cachet esthétique.

Disposant d’une superbe écriture, Closet Monster dessine des personnages ultra sensibles et complexes. Au premier plan, Oscar, hanté par son enfance, devenu un adorable adolescent plein de charme sans le savoir. Sa relation au père est omniprésente : un papa poule trop émotif, trop présent, qui intoxique sans le vouloir tous ceux qui se trouvent dans son champ de vision. Un père qui croit bien faire quand il dit à son fils, choqué pour avoir été le témoin d’une agression homophobe, qu’il doit faire attention à comment il se tient s’il ne veut pas subir un jour le même sort. Cette relation d’amour-haine entre le père et le fils réserve des moments très intenses et magnifiquement incarnés. Il y a aussi la mère, d’abord montrée comme égoïste, générant un trauma d’abandon. Elle sera pourtant pour Oscar un bel exemple d’émancipation et un soutien primordial.

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Il y a aussi et surtout Buffy, le hamster à qui le jeune héros donne la parole pour des échanges aussi touchants que drôles. Quand on se sent terriblement seul et incompris, on peut s’inventer des amis imaginaires. Cette relation à l’animal, qui renvoie constamment à l’enfance, sorte de doudou qu’on ne peut se résoudre à lâcher, fait partie des éléments les plus vibrants d’un long-métrage pop et extrêmement attachant.

Enfin, il y a Gemma et Walter. La première est la bonne copine de toujours, la potentielle âme soeur qui n’en devient pas une faute d’attirance partagée. Le second est le garçon fantasme, le premier amour adolescent, fétichisé, inaccessible et envoûtant.

Sans aucun temps mort, Stephen Dunn fait revivre au spectateur les cauchemars de l’enfance et les éclats, heureux et malheureux de l’adolescence avec une fièvre et une fougue rares. Closet Monster est un « film de coming out » viscéral et plein d’espoir à la fois. Ou comment vaincre ses démons, se débarrasser des vampires,  pour s’autoriser enfin à vivre, aimer et même souffrir. Récit d’un exorcisme tout en couleurs et en nostalgie.

Film sorti en France en 2017 et disponible sur la plateforme de Films LGBT Queerscreen

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)