FICTIONS LGBT

COUTEAU SUISSE de François Zabaleta : la haine

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François Zabaleta fait partie de mes cinéastes français préférés. La forme singulière de ses films (une succession de vidéos, extraits de films, photographies et autres citations recouvertes d’une voix off racontant des histoires magnifiquement écrites) m’emporte à chaque fois. Et Couteau Suisse est une fois de plus une réussite totale.

L’histoire est celle de Gaspard, qui partage avec le spectateur son journal de bord. Il nous replonge ainsi dans les années 1970 où il est en Terminale L dans un lycée de Province. Dans sa classe il y a Georgia, une fille garçon manqué, désirée par les garçons, marginale, vivant avec son frère et un groupe de motards. Cette fille possiblement cool va devenir son cauchemar. Et pour cause : elle va le harceler quotidiennement.

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Georgia et ses petits camarades ne vont pas lâcher Gaspard. D’abord des insultes. Et puis des agressions physiques, des humiliations à la chaîne et autres farces de mauvais goût. La voix posée et apaisante de François Zabaleta qui comme toujours fait office de narrateur contraste avec l’horreur qu’il raconte. C’est un récit tristement banal, partagé par de nombreux jeunes LGBT. On a tous plus ou moins connu ces moqueries, cet harcèlement contre lequel souvent on se tait, contre lequel les établissements scolaires font si peu. Ici, la chose va être poussée jusqu’à son paroxysme, jusqu’au plus glauque. 

Le film a une façon assez brillante de parler de l’homophobie en milieu scolaire et mériterait par ailleurs d’être montré dans les classes. L’esthétique habituelle de François Zabaleta est parfaite pour le sujet. Car si le texte est dur, porté par une sensibilité à fleur de peau nous faisant ressentir pleinement le traumatisme du personnage principal, son quotidien rythmé par la peur, il est illustré à l’écran par des choses plus artistiques, douces, métaphoriques ou simplement factuelles.

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L’auteur dépasse son sujet pour raconter l’étrange lien qui peut se créer entre une victime et son agresseur (lors de l’agression mais aussi bien au-delà), délivre une variation captivante sur la haine. Une façon en quelque sorte de sonder les racines du mal et d’interroger notre drôle d’humanité qui succombe si souvent à la violence et la cruauté. 

On avait déjà pu l’observer à travers ses derniers films en date mais Couteau Suisse est l’occasion de confirmer que les nouvelles technologies permettent à François Zabaleta, qui réalise toujours ses oeuvres dans une économie réduite, de nous proposer des images toujours plus belles. Ici, on navigue dans un souvenir en noir et blanc doux et déchirant. Les belles images font souvent office de pansements. L’art en lui-même est de toute façon le meilleur remède aux traumatismes, c’est ce qu’on se dit en observant tout cela.

Un film d’un peu moins d’une heure à la fois superbe de par son écriture et terrible de par ce qu’il raconte. Libérateur de parole aussi, on l’espère. 

Film présenté au Festival Chéries Chéris 2018

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)