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Daughn Gibson, All Hell : album d’enfer

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Depuis plusieurs semaines, en tendant l’oreille, en ouvrant bien les yeux, on peut constater que la presse comme les internautes s’enthousiasment autour d’un nouveau venu. Et quand les mots magiques « un des meilleurs albums de l’année » surgissent, l’espoir d’assister à quelque chose de grand commence à germer. Daughn Gibson, brun velu en provenance de Pennsylvanie, jouant au beau gosse viril et coquet sur la pochette de son disque, All Hell, est bel et bien l’une des plus folles et inespérées révélations de 2012. En quelques secondes seulement, le titre Bad Guys nous donne la certitude que l’on s’est embarqué pour un voyage aussi vénéneux que sensuel, à la beauté peu commune. Voix de crooner,  ambiance rétro, style à la Leonard Cohen, paroles simples et pourtant sublimes, annonçant le début d’un conte pour le moins obscur. Début d’une obsession.

Un mâle, un vrai, qu’on imagine au milieu de la nuit, entouré de fumée, nous racontant des histoires, en toute sensibilité, entre poésie et éventuelle fatalité. In the Beginning, sur la difficulté de devenir un homme meilleur, est un beau morceau de bravoure, combinant ce qui fera l’irrésistible charme de l’album : un côté Johnny Cash associé à des effets, des voix, des beats modernes. Le résultat est une œuvre à part entière, universelle, atemporelle, dont les plus grands éclats nous laissent sans voix, avec la chair de poule. Il ne sera pas aisé de faire plus beau en 2012 que la chanson Tiffany Lou. La preuve même que du feu de l’enfer émane parfois la grâce la plus totale.

La musique personnelle, fantomatique, de Daughn Gibson a été décrite comme de la « cocaïne country ». On s’imagine bien, au son d’un Rain on a highway, perdu dans le désert, ne parvenant plus à déceler la réalité des mirages. Ne soyons pas trop mélancoliques. Bien que nous avançons ici en eaux troubles, All Hell est aussi un disque qui donne la rage de vaincre, sait insuffler ce qu’il faut de fureur pour nous sortir de la torpeur. Lookin’ Back on’ 99 se révèle sexy en diable et à son écoute on se voit à notre tour, prêts à brûler, de façon langoureuse et volontaire, après avoir dansé au milieu des flammes. Les vieux démons nous encerclent mais les cieux ne sont pas si loin. D’une infinie délicatesse, Ray fait l’effet d’une caresse, d’une douce étreinte qui vient tout bouleverser.

On regrettera que ce somptueux All Hell ne comporte pas plus de dix pistes. C’est tellement obsédant qu’à la fin de la première écoute on ne peut pas s’empêcher de relancer le disque, pris d’un désir d’entendre encore et encore ces histoires à la fois lointaines et proches de nous, se rapprochant parfois d’un caractère mystique. Daughn Gibson nous laisse trop vite, en transe, et nous hante. Si l’enfer ressemble à ça, on signe un pacte de suite avec le diable…

 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)