COURTS

ENTER de Manuel Billi et Benjamin Bodi : lui dire au revoir

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Cela fait un moment que j’entendais parler ici et là des courts-métrages de Manuel Billi. La bande-annonce de son dernier film, Enter, co-réalisé avec Benjamin Bodi et avec un Félix Maritaud visiblement sublime, avait forcément piqué ma curiosité.

C’est une oeuvre très particulière dans son atmosphère, très belle esthétiquement, et qui produit quelque chose de singulier dans sa façon de mêler le réel à une nostalgie onirique. M. (Raphaël Fournier) débarque à une soirée un peu spéciale où de nombreux garçons sont venus pour s’amuser. Alors qu’il s’apprête à se lancer dans un ballet des corps, son estomac lui fait défaut. Il fonce aux toilettes et finit par remarquer qu’il n’est pas seul. Endormi dans la baignoire se trouve son ex (Félix Maritaud). Le bel endormi revient doucement à lui. Sa beauté est comme un coup de poignard dans le coeur : la rupture est fraiche et douloureuse. 

enter manuel billi

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Ces retrouvailles ont quelque chose d’irréel et de profondément doux qui nous donne l’impression d’être dans un rêve déchirant. Les comédiens Raphaël Fournier et Félix Maritaud sont somptueux, on a envie de les étreindre à chaque seconde, mais surtout ils sont d’une justesse très émouvante. Leur phrasé s’imprime tout délicatement dans notre coeur, nous renvoyant à ce sentiment pas évident d’être face à un être aimé jusqu’au plus profond de ses entrailles et de savoir qu’on l’a perdu. A l’écran, un bonheur qui s’évapore, un songe dont on ne veut pas émerger.  Deux garçons comme coupés du monde qui les entoure. Juste à côté, ça s’acoquine, ça vit, ça jouit, avec le sourire.

Il y a une véritable dimension poétique et l’ensemble provoque quelque chose de troublant et d’assez unique. C’est que beaucoup d’émotions, à priori contradictoires, s’entremêlent. La douleur de celui qui a été abandonné, l’envie de ne pas revenir à la réalité sans cet amour et puis cette drôle de façon de faire le deuil d’une romance, en s’alliant à d’autres corps, ensemble. Plus rien ne sera comme avant mais l’infinie tendresse reste. 

enter manuel billi

Le filmage est cru mais fait l’effet d’une lente caresse et la musique donne le frisson (des sons aptes à nous perdre de Claudius Pan à la magnifique partition finale de Malik Yahi). Et d’un coup, les yeux sont mouillés. Cerise sur le gâteau : la présence du somptueux Pavel Danko au sein de cette soirée enivrante à souhait.

Film présenté au Festival Chéries Chéris 2018

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)