FICTIONS LGBT

ENTRE LES ROSEAUX de Mikko Makela : un moment d’amour

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Premier long-métrage du réalisateur Mikko Makela, Entre les roseaux (A moment in the reeds en VO) commence un peu comme le joli film « Seule la terre » avant d’entamer un chemin différent et plus politique. Un moment d’amour beau et amer à la fois, porté par deux jeunes acteurs charnels et au naturel désarmant.

C’est l’été et Leevi (Janne Puustinen) rentre passer quelques jours dans sa Finlande natale chez son père. Il va l’aider à retaper leur maison de vacances dans l’espoir de la vendre (le père a des soucis d’argent). Les retrouvailles ne sont pas vraiment au beau fixe : Leevi se sent déconnecté de son paternel qui aimerait qu’il se trouve une copine, fasse son service militaire et se comporte davantage « comme un homme ». Leevi n’a pas quitté la Finlande pour faire des études à Paris par hasard : il étouffait aux côtés de son géniteur légèrement homophobe et raciste sur les bords. L’homme, bourru et amer, ne s’est visiblement jamais remis de la disparition de sa femme.

A peine arrivé dans la maison de vacances en chantier, Leevi n’a pas le temps de se reposer. Son père est sur son dos et veut qu’il l’aide à réaliser ses travaux. Une corvée pour cet aspirant artiste pas du tout manuel et qui préfèrerait lire Rimbaud ou Sarkia. La tâche n’étant pas mince, un ouvrier a été engagé pour prêter main forte. Il s’appelle Tareq (Boodi Kabbani), il était architecte avant de devenir un réfugié syrien. Il ne parle qu’anglais ce qui exaspère bien évidemment le père de Leevi qui doit du coup passer par son fils pour dialoguer avec son employé.

Alors que Papa part pour la nuit. Les deux garçons, qu’à priori tout oppose, font connaissance. Tareq raconte son itinéraire émouvant, la culpabilité d’avoir laissé sa famille en Syrie, sa soif d’intégration et de liberté. Les bières s’enchaînent et le désir monte. Au milieu de nulle part, « entre les roseaux », Leevi et Tareq vont entamer une liaison aux allures de coup de foudre.

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Si l’on retrouve beaucoup de passages obligés propres à ce type de romances gays, l’ensemble se démarque tout d’abord par la façon très réaliste qu’il a de traiter la naissance du désir et de sentiments forts entre deux garçons. Les dialogues sont si justes qu’ils sembleraient presque improvisés. Et ils sont accompagnés d’une latence, de silences, qui donnent vraiment l’impression de vivre tous ces beaux moments qui marquent l’irruption d’un coup de foudre. Mikko Makela parvient à matérialiser la passion de la chair et montre comment deux corps, irrésistiblement attirés l’un par l’autre, peuvent créer une folle intimité instantanée.

Leevi et Tareq ne vont rester ensemble que quelques jours mais à peine au bout de 24h c’est comme s’ils se connaissaient depuis toujours. La beauté d’un regard qui trouve un miroir dans celui d’un autre, la sensualité des baisers qui font que l’on tombe toutes les barrières et que l’on a soudain l’impression de voir ce qui nous entoure différemment.

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Il y a autour de cette belle romance naissante plusieurs menaces. La plus évidente est celle incarnée par le père, visage d’une Finlande vieillotte et rétrograde à l’homophobie et au racisme à peine voilés. Mais il y a aussi celle, plus pernicieuse, qui tient en une différence de classes et d’identités. Leevi reste un jeune homme blanc et privilégié qui peut se payer le luxe de faire une thèse sur des poètes à Paris dans un studio à Saint-Germain-des-Près. Tareq, lui, a dû voyager au péril de sa vie pour fuir un pays dangereux pour lui. Il y a laissé sa famille dont il sait que, conservatrice oblige, elle ne l’acceptera jamais comme il est. Quand il cherchait à faire des rencontres en Syrie, il allait à des dizaines de kilomètres pour être sûr de ne pas tomber sur quelqu’un qui pourrait le reconnaître. Et maintenant installé en Finlande, il se sent stigmatisé au milieu de tous ces blancs qui s’étonnent qu’il puisse boire de l’alcool, est frustré de devoir se contenter de petits boulots alors qu’il est un architecte.

L’amour peut-il vraiment réussir à tout défier ? Pas sûr. Mais est-il moins beau et moins intense s’il ne tient qu’à un petit moment de grâce ? « Entre les roseaux » se dessine petit à petit comme un envoûtant souvenir, un fragment d’amour précieux et en même temps impossible et insaisissable.

Film présenté au Festival Chéries Chéris 2018 // Sortie en salles prévue en Février 2019

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)