CINEMA

ESCORT BOY de François Zabaleta : liaisons

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Il est un peu le beau secret le mieux gardé du cinéma français d’aujourd’hui. François Zabaleta continue d’enchanter avec ses oeuvres qui ne ressemblent qu’à elles-mêmes, délicieusement littéraires. L’artiste élargit petit à petit son public de fans fidèles, de festival en festival. Bien que Escort Boy, son dernier long d’à peine 60 minutes, ne soit pas un film à thématique gay, on remercie le Festival Chéries Chéris qui l’a programmé pour son édition 2019. Car une fois encore François Zabaleta nous emporte par la beauté et la sensibilité de ses mots et de ses images.

L’histoire est celle d’un homme hétéro qui découvre un jour que sa femme le trompe avec un homme plus âgé. Le voilà entré dans « le club des hommes cocus ». Cette trahison, qu’il a du mal à digérer, l’amène à se questionner sur la notion de fidélité dans le couple. Une conversation avec son père lui fait réaliser qu’il est fort possible que la majorité des gens en couple se trompent voire même que la tromperie pourrait faire la force de certains d’entre eux.

Si sa femme le trompe, pourquoi n’en ferait-il pas de même ? Il ne va pas faire les choses à moitié : plutôt que de s’autoriser une liaison, notre homme va carrément intégrer une agence d’escorts. Devenir un pur objet de désir qui a un prix pourra mettre du baume au coeur à son égo. Il devient Thomas, prostitué de luxe pour femmes. Mais il ne va pas y avoir beaucoup de clientes : très vite, une femme attire ses faveurs. Elle s’appelle Véronique, c’est une femme vieillissante au physique classique. Elle a réussi dans sa vie professionnelle mais elle n’a jamais eu de chance avec les hommes ou le temps de se pencher sur eux. Tout au long de son existence, elle a eu l’impression de ne pas être désirée, de ne pas être assez belle pour attirer l’attention de ces messieurs. Mais elle n’en a pas souffert. Elle a opté pour une forme de renoncement, trouvant une certaine liberté dans le fait de s’extraire des rapports de séduction.

Thomas est fasciné par cette femme libre à la forte personnalité, dont la sincérité, le côté cash et je m’en foutiste lui plaisent d’emblée. Il apprécie tellement leurs moments à deux qu’il va demander à ne plus travailler qu’avec elle. Cette romance tarifée qui échappe aux conventions va les marquer à jamais.

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François Zabaleta garde ici son style unique. C’est de la fiction mais ça ne ressemble encore et toujours pas à un film classique. Tout se joue à travers deux voix off (celle de Thomas interprété par François Zabaleta et celle de Véronique interprétée par Béatrice Champanier) et en illustration des photographies, des vidéos, des archives, des extraits de films, de la musique. L’aspect est expérimental mais disons que l’expérimental n’a jamais été aussi accessible que chez cet auteur. Car Zabaleta a une plume vraiment magnifique et unique qui nous emporte plus loin que n’importe quelle fiction. C’est un cinéma riche, infiniment sensible, qui fait voyager, qui fait merveilleusement travailler l’imaginaire. C’est un de ces films qu’il faut voir, vivre car il est difficile d’en parler tellement ce qui se passe entre l’écran et nous est singulier. Ajoutons que les voix off sont d’une grande douceur, faisant presque un effet ASMR, hypnotique. On plonge au plus profond des émotions des personnages et de nous-mêmes.

D’une rare finesse et délicatesse, Escort Boy aborde en profondeur des thèmes très universels comme le couple, la fidélité, la perception de la beauté, le désir, les rapports de séduction entre hommes et femmes, le vieillissement, la perte. De quoi nous amener à largement nous interroger sur des choses qui jalonnent notre existence via des personnages fantasmatiques et fascinants. Encore une grande réussite.

Film présenté au Festival Chéries Chéris 2019

 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)