FICTIONS LGBT

EUPHORIA saison 1 : vertige adolescent

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Première série adolescente lancée sur l’exigeante chaîne américaine HBO, Euphoria explore le genre et l’électrise avec brio. On retrouve la liberté de ton et les excès qui faisaient le sel de Skins, et cette fois le curseur est poussé encore plus loin avec un regard sans concession, très cru et parfois franchement sombre sur cet âge clé où les traumatismes de l’enfance s’opposent aux espoirs de fuite vers un avenir qu’on continue de rêver meilleur même si on y croit qu’à moitié.

Le show offre à Zendaya le rôle principal de Rue Bennett. Et c’est une occasion en or pour elle de montrer ce qu’elle sait faire. Elle est renversante dans la peau de cette jeune ado toxico qui essaie difficilement de décrocher après avoir fait vivre l’enfer à sa mère et sa petite soeur suite à une overdose à laquelle elle a survécu miraculeusement. C’est un personnage très à fleur de peau, vulnérable, qui donne l’impression de pouvoir se casser en deux à tout instant.

C’est le premier sujet de la série : celui de l’addiction. Rue passe par les substances pour atténuer son mal être et les personnages secondaires céderont eux à d’autres accoutumances aux visages plus ordinaires mais non moins dévastateurs comme l’amour ou le sexe.

Alors que Rue a bien du mal à rester clean, son quotidien change quand elle croise le chemin de Jules (Hunter Schafer), une belle jeune femme trans. Coup de coeur instantané : les deux filles sont irrésistiblement attirées l’une par l’autre. Une amitié fusionnelle se met en place et Jules parvient à redonner à Rue le goût de vivre. Mais dès le départ leur amitié intense s’accompagne de sentiments qui les dépassent. Il y a de l’amour, une envie constante de se prendre dans les bras et de s’embrasser. Rue est clairement folle amoureuse de Jules, elle l’aime avec la pureté d’une petite fille. Jules, elle, qui d’habitude est attirée par les hommes, est dépassée par ce qu’elle ressent. Elle n’est pas certaine qu’il y ait un désir, une attirance charnelle tout en ayant envie d’être collée à celle qui se pose en âme soeur.

Cette belle relation, comme une lumière au coeur de l’obscurité, va être aussi perturbée par de nombreux éléments extérieurs. Rue et Jules évoluent dans un lycée où chacun a ses maux et petits secrets. Chaque épisode, à la façon de Skins, s’attarde sur un protagoniste en particulier. Tous les personnages ont en commun d’avoir traversé une enfance tourmentée et de vivre leur adolescence sous le signe de la crise identitaire.

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Le personnage le plus sombre, complexe et vénéneux de la série est indiscutablement Nate Jacobs interprété par l’ultra bogosse Jacob Elordi qui embrasse à pleine bouche son anti-héros diaboliquement retors. Il est le bogosse du lycée, joueur de foot, grand et magnifiquement musclé, visage lisse de golden boy, fils de l’homme le plus riche et influent de la ville. Et forcément derrière la gueule d’amour on trouve des ténèbres sans fond. Nate est complètement perturbé car il est le seul à savoir que son père, homme puissant et admiré, est un véritable pervers qui aime coucher avec des ados gays ou trans en les dominant et les filmant. Cette perversité résonne en lui, lui fait peur (et s’il était au fond comme son père ?) et par excès de refoulement finit par donner lieu à une violence et un sadisme qui ne vont pas manquer de faire des ravages.

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Dans les couloirs du lycée, il y a aussi Kat (démente Barbie Ferreira), une adolescente ronde et complexée par ses formes qui a envie d’être comme ses copines et d’avoir une vie sexuelle. Elle va se perdre dans le sexe, passant par de multiples phases, avant d’en faire l’outil de la ré-appropriation de son corps. Il y a également Cassie (Sydney Sweeney), belle blonde plantureuse en permanente quête d’affection qui n’en finit plus d’être abusée émotionnellement par tous les garçons qu’elle croise et qui se perd elle aussi dans les méandres d’une sexualité précoce et intense pour ne pas dire un peu hard.

Euphoria part de figures très connues des amateurs de fictions adolescentes pour aller creuser au plus profond d’elles, en faire ressortir l’extrême noirceur et en même temps paradoxalement leur pureté. L’écriture est très sensible, personnelle et franche. L’interprétation sans faille. Mais c’est surtout la mise en scène qui emporte tout sur son passage et fait de cette première saison que finalement peu de gens attendaient l’un des plus gros événements séries de 2019.

La réalisation est vertigineuse à souhait, cocktail explosif de codes pop et de mélancolie. Atmosphérique, charnelle, pulsionnelle, sensorielle : cette série nous laisse à plus d’une reprise bouche bée et propage son ensorcelant parfum. On est parfois complètement dans le glauque ou le désespoir mais ça ne cesse jamais d’être hypnotique. Travellings de folie, B.O. entêtante, effets clipesques obsédants : on en prend plein les yeux et n’importe quel espace (terrain de foot, piste de danse, carrousel de fête foraine…) devient le territoire d’une sorte de cauchemar pop irrésistible qui ne nous lâche plus. Une grosse réussite qui, ô joie, aura une suite en 2020 avec une saison 2 forcément très attendue pour le coup.

Série diffusée en 2019 sur HBO aux Etats-Unis et OCS en France / Disponible sur Mycanal 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)