CINEMA

FIRST MAN de Damien Chazelle : sur la lune avec Ryan Gosling

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Après les tours de force que constituaient « Whiplash » et « La La Land », Damien Chazelle va à nouveau surprendre avec son troisième long-métrage, « First Man » pour lequel il retrouve Ryan Gosling. Ce dernier se fond dans la peau de Neil Armstrong, premier homme a avoir marché sur la lune. Derrière l’image de l’homme et de son drapeau que l’on connait tous se cache une histoire personnelle et plus sombre que ce film nous révèle avec une mélancolie certaine.

Neil Armstrong est avant tout ici montré comme un homme brisé, infiniment traumatisé par la perte d’un enfant. Une blessure de celles dont on ne se remet jamais, un fardeau qu’il porte avec sa femme Janet (Claire Foy). Pour cette dernière qui aspirait à une vie paisible et ordinaire, les activités de son époux ne vont pas aider à apporter davantage de stabilité. Neil est pilote et pendant huit longues années il va participer à un entraînement pour le moins difficile et dangereux.

Dans une course qui vise à dépasser la Russie, les Etats-Unis veulent envoyer le premier homme sur la lune. Au coeur des années 1960, les tentatives et tests s’accumulent et tournent au morbide. De nombreux hommes y laissent leur peau. D’abord au second plan, Neil Armstrong va finalement faire partie de l’équipage décisif.

first man ryan gosling

Ce que montre Damien Chazelle, c’est que derrière l’exploit et les images qui ont fait rêver des millions de gens se cachent une multitude de tragédies que l’on a voulu oublier. Il en a fallu des morts pour que Neil Armstrong mène la mission à son terme. A travers lui se dessinent les destins funestes de plusieurs pilotes mettant leur vie et leur famille en péril pour tenter de réaliser un geste extraordinaire.

La mise en scène de « First Man » tranche avec les précédentes oeuvres de son réalisateur. Beaucoup de caméra épaule, de gros plans cliniques qui scrutent les mines tristes et anxieuses des personnages. L’angoisse et la mélancolie sont omniprésentes et Damien Chazelle signe sans doute là son oeuvre la moins accessible, la plus aride, empreinte souvent d’une profonde tristesse. Beaucoup d’introspection, de douleur rentrée alors que se déploie cette photographie sensible et tourmentée de Neil Armstrong qui pense à partir sur la lune, mettre en danger sa propre existence sans que l’on sache s’il le fait en cherchant à fuir les problématiques de la Terre, à retrouver son enfant perdu, à se réconcilier avec lui-même par une forme d’accomplissement.

first man ryan gosling

Tous ces sacrifices en valaient-ils la peine ? Etait-ce si important de se focaliser sur cette envolée vers la lune à cette période historique lors de laquelle la population devait face à d’autres maux plus importants ? N’était-ce qu’une diversion ? Une supercherie dont les femmes et les enfants des pilotes, condamnés à vivre dans l’incertitude, l’angoisse voire le deuil ont été les victimes ? Le long-métrage amène à réfléchir en même temps qu’il sonde avec sensibilité le combat silencieux et intérieur d’un couple qui survit à la perte d’un enfant.

La proposition de cinéma est audacieuse et Damien Chazelle signe là une nouvelle fois une oeuvre de cinéma captivante bien que moins entraînante que celles qui l’ont précédé. Il a le mérite de proposer autre chose, de renouveler son cinéma, flirtant par moments (et avec moins d’artifices) avec les introspections et un filmage pouvant faire songer à Terrence Malick.

En opposition à la détresse intérieure de son héros brisé qui ne savourera même pas son exploit, il y a les scènes dans les simulateurs et les fusées, spectaculaires, ahurissantes même, qui nous amènent à nous cramponner à notre siège.

S’il est moins apte à faire l’unanimité, ce nouveau film laisse bien une trace et on se laisse hanter par le regard triste de Ryan Gosling dans un rôle assez sublime qui s’ajoute à une filmographie décidément de plus en plus impressionnante.

Film sorti le 17 octobre 2018

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3