FICTIONS LGBT

FRANKY (Giant Little Ones) de Keith Behrman : dépasser les étiquettes

By  | 

Avec Franky (Giant Little Ones en VO), le réalisateur Keith Behrman part d’une trame classique de coming-of-age movie pour aller délicatement vers le récit très juste de la construction de l’identité lors de l’adolescence, au-delà des étiquettes. Un film indé canadien attachant.

Dans une petite banlieue pavillonnaire sans histoire, Franky (Josh Wiggins) s’apprête à fêter ses 17 ans. Sa petite amie aimerait profiter de l’occasion pour qu’ils passent à l’acte, ce qui semble rendre Franky un peu nerveux. On devine que le désir n’est pas franchement là et qu’il se force à croire en cette relation qui ne le rend pas vraiment heureux.

Heureux, Franky l’est définitivement dès qu’il est en compagnie de son meilleur ami Ballas (Darren Mann), bogosse du lycée dont il est extrêmement proche depuis l’enfance et avec lequel il s’entraîne dans l’équipe de natation de son école.

Le soir de son anniversaire, Franky s’apprête à passer à l’étape supérieure avec sa petite amie mais cette dernière doit finalement rentrer plus tôt que prévu. Il va finir la soirée avec Ballas, ils vont dormir ensemble. Au milieu de la nuit, leurs corps se rapprochent et Ballas prend la fuite, très perturbé. Les jours qui suivent, tout dégénère : n’assumant pas le désir qui s’est emparé de lui, Ballas rejette Franky et clame dans tout le lycée que ce dernier est gay et a essayé de profiter de lui.

Pris pour cible par certains de ses camarades, plaqué par sa copine, l’adolescent qui ne sait pas trop où il en est se retrouve très seul du jour au lendemain. Sa mère s’inquiète et son père (Kyle MacLachlan), qui a quitté sa mère pour refaire sa vie avec un homme, voit dans cette période trouble l’occasion de peut-être enfin pouvoir se rapprocher de son fils qui le fuit depuis un moment.

Au fil des jours, Franky va interroger son identité, sa sexualité, prendre en pleine face la violence des esprits étriqués et décider de suivre ses propres envies, épaulé par son amie Mouse (Niamh Wilson) qui se rêve en garçon et par la soeur de Ballas, Natasha (Taylor Hickson), de laquelle il se rapproche contre toute attente…

franky film keith behrman franky film keith behrman

Au départ on s’attend à un énième film de coming out avec deux meilleurs amis qui voient leur amitié exploser après un rapprochement charnel inattendu. Sauf qu’ici la morale serait plutôt qu’il n’y a pas de coming out à faire. Car si tout le monde autour de Franky semble vouloir décider à sa place de qui il est, lui est juste sincèrement perdu par rapport à ce qu’il ressent. Oui, sans doute est-il attiré et un peu amoureux de son meilleur ami. Mais cela ne l’empêchera pas d’également avoir des sentiments et de l’attirance pour une fille…

Sans trop expliciter les choses, ce film attachant à la réalisation douce et classique, rappelle si besoin était qu’il faut parfois savoir s’extraire des cases et simplement écouter son corps et son coeur. Cela est notamment amené via le très beau personnage secondaire du papa gay incarné par Kyle MacLachlan qui en toute simplicité délivre une leçon de vie déterminante à son fils dont il parvient enfin à se rapprocher un peu.

franky film keith behrman

Peur du regard des autres, de voir sa vie changer du jour au lendemain, de perdre l’équilibre puis maturité avec cette force et ce courage de décider qu’on sera ce que l’on a envie d’être, qu’on suivra sa propre route sans s’attarder sur ce que les autres pensent. La question du genre est ici traitée avec franchise, pudeur et modernité et ça fait du bien !

Film produit en 2019 et disponible en DVD et sur OutplayVOD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)