JUSQU'À TOI

Gay, célibataire et confiné

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Le 11 mai 2020, on sort un peu plus, masqué, on peut retrouver ses amis et un peu de notre vie d’avant. Cette chronique a été logiquement mise en veille car le but était de me pousser à sortir plus cette année pour essayer de trouver, qui sait, le grand amour. Et ben ça va pas être pour tout de suite le marathon des bars et des soirées gays !

Personnellement, je n’ai pas à me plaindre d’un point de vue professionnel. J’ai un CDI, je télé travaille, je n’ai pas dû « aller au front » comme le personnel hospitalier ou les personnes qui travaillent dans la grande distribution. Je n’ai pas trop peur pour mon job et c’est une chance.

D’un point de vue personnel, c’était plus compliqué. Comme tout le monde, la peur de perdre des proches à la santé fragile et cette drôle de situation que ce confinement. Le plus dur pour moi c’est peut-être cette sensation que mon propre corps m’échappe. Avant que le confinement soit annoncé, je me préparais à faire un billet en mode « En 2020 j’ai décidé de m’aimer » en parlant d’une « sport motivation » que je commençais enfin à trouver. Avec les salles de sport fermées, ça aussi on va le remettre à plus tard (oui je suis un de ces losers qui ne font que du cardio).

Vous allez me dire : pourquoi ne pas faire du jogging ? J’avoue, courir j’ai toujours détesté. Et pourquoi pas faire comme tous ces gens qui font du sport à domicile avec des vidéos Youtube ou des live Instagram d’influenceurs sexy ? Franchement, la motivation pour le sport en cette période pour ma part elle est à zéro. Et ceux qui n’arrêtent pas de nous dire de nous bouger, nous entretenir etc. : stop ! Moi pour rendre cette période asphyxiante plus agréable, je me fais des pâtes bolos et je regarde des films classiques. Alors oui je vais pas me plaindre, j’ai pas la motivation pour entretenir mon corps et sortir de tout ce bordel en mode « fit ». La salle de sport c’était le seul truc qui me motivait un peu. Il faudra redoubler d’efforts plus tard ou bien accepter le petit bidon quelques temps parce qu’après tout c’est pas la mort et d’ailleurs moi j’ai toujours trouvé ça plutôt sexy chez les autres. On passe beaucoup plus de temps sur les réseaux sociaux, on voit tous ces gens s’activer avec leur tapis de sport mais il ne faut pas se culpabiliser, céder à ces injonctions. On a le droit de ne pas faire des exercices et de porter des bouteilles d’eau devant son téléphone portable pour ressembler à un insta boy. Moi je me suis déjà déboité le dos au début du confinement en dansant tout seul dans mon studio donc bon j’y vais molo. Ceci étant dit j’aime bien regarder les lives de sport et les BG suer pendant que moi je mange des bonbons : on ne se refait pas.

Ce qui m’a vraiment fait du bien en cette période particulière, ce sont mes deux passions. D’abord le cinéma. Les salles fermées, ça a été l’occasion de se reconnecter aux classiques, de s’extraire de ce rythme culturel souvent épuisant qui se déploie dans les grandes villes. Alors oui ça me manque de ne plus courir partout pour voir un film avant qu’il ne disparaisse de l’affiche au bout de deux semaines mais en même temps quel plaisir d’explorer des films cultes, de chercher des choses plus rares, de ne pas se laisser conditionner par l’actualité.

Si les salles de cinéma ne me manque pas plus que ça au final, pour les concerts c’est autre chose. L’été est une de mes périodes préférées car c’est celle des festivals et cette année on fait une croix dessus. Outre le côté relou de la perte d’argent (car Airbnb ne rembourse pas par exemple l’acompte mis sur un appartement pour être logé pour un festival en juin ou en juillet et que les conditions de remboursements via la Fnac sont rendus volontairement compliqués pour dissuader les gens de réclamer…), c’est un crève coeur de se dire qu’on ne pourra pas aller voir tous les artistes qu’on aime en live pendant des mois. Et ces artistes ils ont franchement rendue ma vie plus belle pendant ces semaines. Les clips confinés, les concerts live dans leur salon diffusés sur les réseaux sociaux : ça a vraiment mis du baume au coeur.

On en arrive à la partie plus intime. Plus de bars, de soirées, de rencontres Grindr : pour un célibataire, c’est peu dire que ce confinement a été frustrant.

Les premiers jours, j’ai rallumé mon Tinder. Je me suis dit que cette période était peut-être l’occasion de prendre le temps de dialoguer avec des garçons intéressants, de tisser quelque chose qui finirait par une superbe rencontre à la fin. C’est marrant comme on revient toujours sur ce qu’on dit ou pense : je le sais, les rencontres via applis ne m’ont jamais porté chance et en général ça finit toujours en fiasco. Car je trouve qu’on fantasme trop, qu’on projette trop, qu’on en dit trop et c’est inévitable d’être déçu à l’arrivée. Une rencontre virtuelle n’aura jamais la magie et la fraicheur, la spontanéité d’une rencontre dans la vraie vie où l’on n’aborde pas quelqu’un avec des critères et des attentes. Tout ça je l’ai compris depuis longtemps et pourtant j’ai rallumé Tinder et j’ai même pris un abonnement premium : motivé (ou désespéré c’est selon) ! Premium oblige : des matchs à la chaine avec des garçons qui m’avaient l’air simples et gentils.

Au deuxième jour du confinement seulement, j’entame un dialogue passionné avec un garçon fan de cinéma et de pop. Il suivait même mon blog sur Instagram. Il a l’air hyper craquant sur ses photos. On se bombarde de messages, on se laisse des messages vocaux… Il finit par me donner son compte Instagram qu’il vient de recréer. Sa voix sur ses vocaux me trouble un peu : c’est peut-être bête de dire ça mais elle détonne par rapport à son physique. C’est une voix de mec un peu âgé alors qu’il a 27 ans. Alors que je lui propose de se parler en Skype, il dit qu’il n’aime pas ça. Je remarque le lendemain qu’il a supprimé son compte Instagram. Il ne me répond plus, sans raison, par texto ou sur Tinder. Catfish ? Peut-être. On oublie.

Je commence un dialogue avec un autre garçon : un jeune chercheur originaire du Nicaragua et désormais parisien qui travaille justement sur le covid. Il a un côté un peu geek et sympa. On n’a pas vraiment les mêmes passions mais il est curieux, il s’intéresse. On s’appelle en visio, on se fait des apéros, on parle un peu de sexe et on se rend compte qu’on est assez compatibles. Il dit qu’il est un peu chaud, je le calme : pas sûr que s’amuser avec du cyber sexe soit une bonne idée vu qu’on est en mode « dial et future rencontre sérieuse potentielle ». Mais les jours défilent et le manque grandit. Régulièrement il me demande si je suis sûr de ne pas avoir envie de voir des photos hot de lui. Il me dit que lui ça lui ferait plaisir de les envoyer car il est un peu exhib. J’aime bien son mélange garçon chou et en même temps porté sur la chose. Je me dis qu’il faut que j’arrête de faire mon coincé et je finis par lui demander de m’envoyer ces fameuses photos mais en le prévenant qu’il n’aura rien de moi en retour. « Pas de soucis ».

Les photos arrivent. Une dizaine et même trois vidéos ! Il est clairement fier de son machin. Non pas que la dick pic soit un genre artistique mais il y a un côté un peu crade dans la façon dont il a photographié ça. Ça ne donne pas super envie, c’est plus glauque que sexy et les vidéos renforcent cet aspect. Je remarque par ailleurs qu’il a l’air de les prendre sur son lieu de travail ou dans les toilettes publiques. Je reste un peu sceptique et là il me relance : « Tu aimes le zizi ? Elle te plait ma verga ? ». Le pauvre : il n’est pas français et il ne le fait pas exprès mais cette façon de dire les choses est tellement pas sexy, ça coupe toute excitation et me fait rire. Je réponds que oui c’est super excitant pour pas créer un malaise mais lui demande s’il a fait ses vidéos au boulot. « Oui j’aime bien, ça m’excite ». Finalement tout ça jette un peu un froid, on n’a plus grand chose à se dire une fois sa totale intimité dévoilée et on finit par se ghoster mutuellement : moi d’abord (chute de l’intérêt car plus de mystère et ces photos moches qui me restent en tête) quelques jours et puis lui ensuite (car je m’ennuyais et l’ai relancé et je pense qu’il était déjà passé à un autre).

Deux dials et je suis déjà saoulé. Je décide de m’éloigner une nouvelle fois de Tinder et de faire des plans cam. Je viens justement de recevoir des nouvelles de S., le mec avec qui j’avais passé une nuit très cool avant d’être enfermé. Il cherche parmi ses contacts des amis pour se faire plaisir en webcam. « Je rentre de mon jogging, je suis en sueur et suis chaud là, ça te dit qu’on se fasse un plan Skype ? ». Go. Il est toujours aussi sexy mais c’est un peu bizarre. Des plans cam j’en ai fait il y a peut-être 10 ans quand j’étais étudiant mais j’avais un peu perdu l’habitude. On est là à se tripoter et à se regarder, je ne sais pas à quel point il faut aller dans le dirty talk ou en rajouter pour le chauffer. On arrive au bout et c’est plutôt bon. Il est vraiment cool, je l’aime bien, il a cette façon ludique et simple d’aborder le sexe sans que ce ne soit jamais trash. Il est sensuel. On répète ça plusieurs jours ensuite. Et puis un soir on s’appelle juste comme ça. On passe deux heures au téléphone à juste discuter, à s’envoyer de la musique. Je révèle mon côté plus sentimental, mon envie d’avoir un mec. Je deviens chiant quoi 🙂 Je sais que lui n’est pas trop sérieux et que je m’égare. Il finit par proposer un nouveau duo cam mais je suis crevé et refuse poliment. Les jours suivants on perd un peu le contact.

Je me rabats sur les sites de cam et je trouve des trucs un peu chelous et stimulants (le vice s’éveille). Je m’amuse avec des sessions d’hypnose érotique en cam et trouve même des espèces de cercles de pignolade avec poppers sur Zoom. Les mecs sont des inconnus, c’est brut de décoffrage et chaud chaud chaud. Je me dis que quand même avec tout ce cyber sexe je prends des risques : toujours cette peur d’être enregistré et que les images débarquent un jour sur le net en montrant un visage bien peu flatteur. Et puis je me rassure en me disant : ça va je suis un mec lambda, j’ai rien d’extraordinaire, je vois pas l’intérêt de prendre mon image et de la diffuser surtout que je ne fais rien de fou à l’écran. Tout le monde ou presque le fait de toute façon…

Au milieu de tout ça, quelques autres dialogues émergent.

Un mec qui est physiquement le double d’un garçon dont j’étais tombé amoureux (et qui m’avait brisé le coeur) quand j’étais étudiant m’accoste sur une app. Je me demande si ça n’est pas lui, je lui donne un faux prénom pour enquêter. Il est hyper vicieux et me propose tout un tas de trucs totalement what the fuck (il est en couple mais veut qu’on soit nous deux aussi en couple et que je tolère son mec tout en étant moi-même exclusif avec lui / il finit par me demander d’écrire à son mec et de le chauffer en me dictant ce que je dois lui écrire et en lui envoyant toutes les copies du dial). Il s’avère que c’est un petit présentateur télé pour un programme jeunesse et qu’il n’est pas mon amour de jeunesse. La ressemblance reste très troublante. Je suis un peu happé par ses jeux pervers et déviants, je m’amuse à entrer complètement dans son jeu et à lui dire tout ce qu’il a envie d’entendre pour voir jusqu’où il va aller, même si je sais que ça ne mènera à rien : la dernière des choses qu’il me faut là maintenant c’est de finir par avoir une relation avec un pervers narcissique. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour tuer l’ennui…

Match avec un autre garçon sur Tinder (et oui j’y suis retourné, encore). Un mec average et charmant, militant socialiste. Il est très cool, a de l’humour mais au bout du deuxième appel téléphonique on parle de sexe et ça part en sucette alors qu’il m’avoue qu’il aimerait bien que son futur mec le mette en cage de chasteté et le gratifie de golden showers. C’est donc ça le couple en 2020 ?

Je fais une visio avec mon dernier ex en date (plus de trois ans qu’on est séparés maintenant je crois, bordel ça passe vite !). C’est super sympa de le voir et d’avoir de ses nouvelles. Il a un nouveau mec et écrit un roman. Comme avec tous mes ex (bon en vrai ils ne sont que deux :)) on n’a pas réussi à rester amis mais en papotant comme ça avec lui, sans arrière pensées, je me dis que qui sait… Je me suis fait violence pour ne pas envoyer en parallèle de messages à l’autre ex existant (qui est un gros sujet en soit et dont je suis toujours resté amoureux même si c’est moi qui avait rompu – il est marié maintenant donc on s’abstient…).

On en arrive au dernier en date, un acteur x français sur lequel j’ai eu un crush récemment et qui  est venu me parler sur Instagram. Je lui envoie des photos de ma tronche à sa demande.  Il fait son lover , on s’appelle, on flirte un peu. Je ne vois pas trop ce qu’il me trouve mais il est assez démonstratif. On ne vit pas dans la même ville mais il est plein d’enthousiasme. Ça se dégonfle aussi vite que ça a commencé : après deux jours à s’écrire et s’appeler, désormais il m’envoie des stories privées sans commentaire et un peu impersonnelles où il prend des poses seul ou avec son chien, fume des clopes, regarde la tv… Je comprends pas trop la logique du truc mais ça ne m’a pas l’air de nous emmener bien loin.

Si tu as lu jusqu’ici : félicitations ! Parce que comme tu l’auras compris, malgré tous ces garçons, concrètement il ne s’est pas passé grand chose et il n’en résulte que du vent. Parfois j’ai l’impression que tous ces mecs qui entrent et sortent de ma vie sont comme une radio allumée en fond qui est juste là pour me rassurer et ne pas me laisser face au vide. J’attends toujours mon hit que je ne me lasserai pas d’écouter et qui me fera vibrer en boucle. 

Que va-t-il se passer maintenant qu’on entre dans une phase de déconfinement progressif ? Clairement, sur les applis, l’excitation remonte et tout le monde prévoit de faire un max de plans ou s’y est déjà remis. Après deux mois sans sexe, c’est compréhensible. Mais ça fout un peu les jetons : comment renouer avec sa sexualité sans choper ce virus ? Est-ce qu’on va tous faire ça avec des masques et des gants sans s’embrasser ? A suivre…

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)