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Holden, L’essentiel : dix années de beauté

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Déjà plus d’une décennie de carrière et malgré cela , encore, une certaine confidentialité. Ils sont nombreux, les fans d’Holden, à ne pas comprendre pourquoi la presse n’en parle pas davantage. Car c’est une formation qui gagne à être connue, un groupe français comme il y en a peu, alliant beauté du texte à des mélodies malicieuses, oniriques, chargées de mystère. En quatre album (L’Arrière Monde, Pedrolira, Chevrotine et Fantomatisme), Armelle Pioline et Mocke ont su se renouveler, n’ont jamais cédé à l’appel de la facilité (preuve en est le dernier né en date, Fantomatisme, le plus pointu et intrigant de tous leurs disques).

La semaine dernière est sorti sur le label Watusa un best of, intitulé L’essentiel (titre d’un de leurs morceaux phares, présent sur Chevrotine). Soit 14 titres pour (re)découvrir leur pop aérienne et sensible. Une pop libre qui se frotte à bien des genres : bossa nova, mélodies sixties, rock, folk, et bien entendu chanson française. Le sensuel et vénéneux Madrid, l’ironique La Machine, les mélancoliques Margot et Dans la glace…La voix d’Armelle Pioline, sur des airs souvent enjoués, raconte les aléas de la vie, d’un quotidien entre Paris et l’Europe ponctué de désillusions et de surprises. Mon rapport à Holden est forcément particulier : c’est mon groupe préféré, un des seuls qui ne m’a jamais déçu, celui qui à chaque fois me surprend et m’emporte avec des paroles dans lesquelles je me retrouve complètement. Leur œuvre est à la fois composée de créations accessibles, accrocheuses, et de propositions plus délicates, qui se révèlent au fil des écoutes. On se plonge dans leur univers comme dans un jeu de piste. Jeu de piste dont on ne se lasse pas. A la réécoute de certains morceaux âgés déjà d’une dizaine d’années, l’évidence est là : cette musique ne vieillit pas, elle est intemporelle. Elle restera.

Et une fois de plus, avec cet Essentiel, Armelle et Mocke créent la surprise. Un best-of, deux disques, un joli livret retraçant leur petite histoire. Le premier disque est une compilation classique, regroupant la majorité de leurs meilleurs morceaux (même si il manque Comme une fille, que j’adore et que je ne saurais trop vous conseiller). Le deuxième disque est un recueil de morceaux rares ou inédits. Des faces B (Bob et Le dernier pas, qui étaient présents sur une version bonus de Chevrotine), des compositions pour le cinéma revisitées (1001 Femmes composée pour Le bal des actrices de Maïwenn et qui était interprétée par Romane Bohringer), mais aussi de véritables curiosités. Comme ces titres nous ramenant à l’époque où Armelle et Mocke jouaient à Dublin, exclusivement en Anglais. Un ton beaucoup plus rock, l’ombre du Velvet Underground qui n’est jamais bien loin ( Back to yourself ; Billy Boy Story, Mike Harvey). Constat : Holden a encore beaucoup de facettes à dévoiler. On ne se sent toutefois pas perdus avec des titres  évoquant La Machine (Le mérinos, Que chantent-ils – un côté légèrement engagé tout en étant piquant et amusé), ou retrouvant la même grâce atteinte avec les envolées de Pedrolira (Les cloches, Trompe l’œil, Un fantôme). Je concluerai sur ce dernier morceau, qui m’a complètement chamboulé. Il y est question de silence, de mots inconnus, de gens inattendus qui viennent troubler votre sommeil, des images et des visages qui vous caressent ou vous marchent dessus… Je vous laisse découvrir ça.

Grâce, sensibilité, exigence et audace : Holden est le genre de formation qui vous fait sourire et pleurer en même temps. Le genre de formation qui quoi qu’il arrive laissera une véritable trace. Il est encore temps de prendre le train en marche…

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)