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Hustling series, saison 1 & 2 (Sebastian La Cause, 2011-2012) : l’après de la prostitution

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Ryan Crosby (Sebastian La Cause) alias Rod Driver est une ancienne gloire du porno gay et un gigolo appliqué. Bien qu’il soit hétérosexuel, faire du sexe entre hommes son travail ne lui a jamais vraiment posé de problèmes. Au contraire, être désiré et admiré par les autres, prêts à payer pour le voir ou partager un bref moment avec lui, lui a permis d’avoir confiance en lui et la majeure partie du temps de s’amuser. Mais Ryan a aujourd’hui la quarantaine. Le porno ne veut plus vraiment de lui et les clients sont moins nombreux. Sa propriétaire, Rosa (Daphne Rubin-Vega), lui court après pour qu’il règle son loyer. Ryan tente alors de trouver un travail « comme tout le monde » mais difficile de justifier les nombreux trous de son CV ou d’avouer le choix de carrière qu’il a pu faire… En attendant de trouver mieux, le brun athlétique continue de louer ses charmes, parfois au rabais. Puis il finit par réaliser que son véritable rêve serait de devenir cuisinier. Plus que dans un lit, c’est dans sa cuisine que Ryan fait des merveilles et s’épanouit. Il prend des cours et collabore avec un pro, Geoffrey (Gerald McCullouch, vu dans Bear City) mais ce dernier, aussi charmant et serviable soit-il, l’aide avant tout parce qu’il est attiré par lui. Parallèlement à cet espoir de reconversion, Ryan commence une relation sentimentale avec Liv (Jessica Press), belle femme, elle aussi un brin paumée, qui travaille comme maquilleuse sur des tournages pornos. Rédemption et amour ? On le sait, les choses ne sont jamais si faciles… Ryan va être à plus d’une reprise confronté à ses contradictions, sa difficulté à obtenir des choses sans passer par la facilité, sans utiliser son corps. Portrait d’un homme en pleine reconstruction…

Hustling est une web série dont la mise en ligne de la première saison a débuté en 2011. Elle est réalisée, écrite et interprétée par Sebastian La Cause, comédien américain qui a décidé de tout donner pour faire vivre un projet qui lui tenait à cœur. Le beau brun musclé a ainsi multiplié les casquettes, produisant lui-même la première saison, s’occupant en partie de la photographie, du casting… Le résultat est une série très loin du formatage télévisuel, dont la liberté et la sensibilité séduisent dès le pilote. Hustling prend son temps, instaure une drôle d’atmosphère, une sorte d’entre-deux dans lequel tente de se dépatouiller l’escort boy Ryan Crosby. Le show trouve la bonne distance entre le côté sexy / excitant et les facettes sombres d’un métier pas comme les autres et dans lequel il est très difficile de faire carrière, de durer. Ryan a la quarantaine pimpante : il est gaulé comme un Dieu et plaît autant aux hommes qu’aux femmes. Mais, lucide, il comprend qu’il est temps pour lui de songer à la reconversion s’il ne veut pas finir sans rien, sombrer. La première saison suit son cheminement vers une possible reconversion grâce à la cuisine. Un chemin semé d’embûches, le gigolo ayant bien du mal à tourner le dos à l’argent facile. Il est aussi fréquemment rattrapé par son passé, son physique : s’il a longtemps su utiliser son corps pour arriver à ses fins, ce même corps séduisant fait de lui une proie, un objet de désir qui empêche d’établir des rapports tout à fait honnêtes, sains. Les 8 premiers épisodes posent ce personnage hyper attachant et plein de contrastes ainsi qu’une galerie de seconds rôles subtilement développés. La série séduit petit à petit par son drôle de rythme (chaque épisode dure plus ou moins une quinzaine de minutes, de quoi permettre de jouer parfois avec la lenteur sans décourager) , son ton unique entre réalisme quasi-documentaire, comédie cynique et drame à fleur de peau. C’est aussi et surtout l’occasion de casser une bonne fois pour toutes les clichés sur les « gay for pay », ces mâles hétéros qui se retrouvent dans le business du sexe gay uniquement pour l’argent.

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Grâce à des critiques élogieuses, quelques prix dans des cérémonies indépendantes et une base de fans passionnés, Hustling a connu une deuxième saison, cette fois composée de 10 épisodes et avec un véritable directeur de la photographie. Le deuxième chapitre est donc formellement et techniquement plus abouti et ne déçoit pas du côté du développement des personnages. Chaque second rôle a son importance et réserve souvent des surprises. Et ainsi, à notre plus grande surprise on se prend d’affection pour la proprio solitaire malgré elle et un peu envahissante ou pour l’ambivalent Geoffrey. Les personnages ont pour point commun de peiner à canaliser leurs pulsions, à faire face à leurs démons. Bien qu’il poursuit peu à peu son rêve de devenir cuisiner, Ryan a tendance à s’égarer, à sombrer à nouveau. Celle dont il tombe doucement amoureux, Liv, se révèle plus tourmentée qu’elle ne veut le laisser croire, addict à la coke et menant une double vie. Geoffrey, mentor et ami dévoué, mélange parfois tout, se servant du service qu’il rend à Ryan pour obtenir de lui quelques faveurs. Les relations professionnelles, amoureuses ou amicales sont régies ici par des jeux de pouvoir flous. Rien n’est gratuit et tout est plus compliqué qu’il n’y paraît.

La deuxième saison livre également une réflexion sur l’identité, en introduisant notamment la mère du personnage de Ryan. Ce dernier se perd entre ses aspirations, son passé, peinant à se cerner lui-même. Il ira ainsi jusqu’à remettre en cause sa propre sexualité. Un personnage en fuite, incertain et forcément captivant.

Avec peu de moyens et beaucoup d’énergie et de passion, Sebastian La Cause est parvenu à faire de Hustling une série remarquable sur bien des points (notamment en terme d’écriture et d’interprétation). Croisons les doigts pour que la série continue sur sa bonne voie et rencontre un vaste public qu’elle mérite.

Regarder la saison 1 de Hustling Series (en VO non sous-titrée)

Regarder la saison 2 de Hustling Series (en VO non sous-titrée)

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)