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J.EDGAR de Clint Eastwood : puissance et secrets

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Années 1970.  J.Edgar Hoover (Leonardo DiCaprio), « patron du FBI »,  écrit ses mémoires, fait le point sur sa longue carrière dans son bureau, toujours resté droit, jamais corrompu. Retour sur 50 ans d’Histoire, de lutte et de succès. Même si parfois certaines opérations n’ont pas abouti au résultat escompté, J. Edgar a permis d’arrêter les plus grands bandits, de combattre le communisme et n’a jamais plié devant aucun président.

Il faut dire que cet homme craint et respecté, consciencieux, a eu dès le départ la bonne idée d’alimenter des « dossiers personnels / confidentiels » qui ,au fil des années, se sont toujours révélés être d’une grande utilité pour faire pression auprès des personnes les plus puissantes. Mais à l’heure du bilan, le héros apparaît blessé. Il n’est plus en phase avec son époque, tout ce qu’il a construit est soudainement mis en péril car personne digne de confiance ne peut reprendre son bébé.

Il y a aussi dans le placard une vie intime qui a toujours été dissimulée : J. Edgar aura passé sa vie à aimer en secret son collègue dévoué Clyde Tolson (Armie Hammer)…

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Clint Eastwood se penche sur la carrière et la vie d’un homme passionnant et plein de secrets. Si au départ on peut avoir peur du côté très classique et hollywoodien de l’entreprise (les acteurs passant de la jeunesse à la vieillesse à grand renfort de maquillage et autres artifices) , le long-métrage finit bel et bien par passionner et émouvoir. Tout d’abord car il retrace 50 années de l’Histoire de l’Amérique avec habileté et fluidité mais aussi et surtout car le portrait intime de Hoover se révèle poignant.

Même adulte, Hoover continue de vivre avec sa mère Anne Marie (Judie Dench). Une mère exigeante qui dès le plus jeune âge lui a mis dans la tête qu’il devait redorer le blason de la famille, devenir un des hommes les plus importants de son pays. Pression. Mais surtout, cette mère castratrice, autoritaire, ne lui laisse jamais de leste dans aucun domaine. A la moindre erreur, elle lui remonte les bretelles, accentue sa culpabilité. Et quand elle descelle que son fils est épris de son collègue Clyde Tolson, elle met tout en œuvre pour le « recentrer », qu’il ne devienne pas un de ces hommes « de la jaquette ».

A l’évidence, J. Edgar ne voulait pas accepter son attirance pour les hommes. On le voit d’ailleurs au début du film faire la cour à celle qui deviendra sa secrétaire personnelle, Helen Grandy (Naomi Watts). Cette dernière refusera de se marier, privilégiant sa carrière. Mais tout bascule quand Hoover rencontre Clyde Tolson. Sa beauté insolente le perturbe, il l’engage pour qu’il reste à ses côtés, même s’il n’a pas forcément les qualifications nécessaires. Suit une amitié amoureuse, un amour à demi-mots que les deux hommes cultiveront pendant des décennies.

Le personnage de Clyde Tolson, campé par l’excellent Armie Hammer, est particulièrement émouvant. Il mettra Hoover face à ses contradictions, son hypocrisie. Si puissant, il redevient dans le domaine intime un enfant craintif, le petit « Speed » qui bégayait autrefois…Eastwood laisse beaucoup de place à cette love story complexe et contrariée et derrière une forme parfois un peu vieillotte délivre mine de rien un des rares films hollywoodiens grand public à disposer d’une romance gay poignante au début des années 2010. Amants de l’ombre, Hoover et Tolson connaitront tout l’un sur l’autre, auront tout partagé dans leur vie professionnelle. Mais quand le premier décède, le second entre seulement pour la première fois de sa vie dans sa chambre. Une scène bouleversante.

Plus qu’un biopic sur J. Edgar, le réalisateur parle ici de dévotion.  Dévotion professionnelle tout d’abord. Dévotion corps et âme de Hoover, incapable de s’arrêter, engagé jusqu’au dernier souffle. Le dévouement de la secrétaire Gandy qui notera tout jusqu’à l’appel de la femme de ménage lui apprenant la mort de son patron, qui fera en sorte de détruire tous les dossiers confidentiels. Dévotion sentimentale aussi. La dévotion de Clyde Tolson, acceptant d’être aimé sans aucune reconnaissance, presque sans aucune marque d’amour toute sa vie durant. Et puis l’amour inconditionnel de Hoover pour sa mère…

Il est enfin intéressant de noter que J. Edgar, a consacré sa vie contre le Mal, à classer les gens dans deux catégories très distinctes (les gentils et les méchants) alors qu’au fil de l’intrigue il révèle de lourds problèmes identitaires, une véritable ambivalence.

Intelligent, mêlant Histoire et intime, pouvant compter sur un casting luxueux, J. Edgar est une œuvre qui provoque des émotions fortes.

Film sorti le 11 janvier 2012 et disponible en VOD 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)