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J’AI TUÉ MA MÈRE de Xavier Dolan : amour paradoxal

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Hubert a 17 ans et partage avec sa mère une relation complexe. Celle qu’il aimait tant autrefois l’exaspère aujourd’hui au plus haut point. La décoration kitsch de la maison, ses tenues vestimentaires d’un mauvais goût criant, ses changements d’avis et d’humeurs… Leur quotidien à deux est fait de grandes engueulades et de réconciliations. Quel est vraiment ce rapport qu’ils entretiennent ? Hubert clame facilement qu’il la déteste mais par moments il est également emporté par un élan de démonstration affective. Parviendront-ils à faire la paix ?

j'ai tué ma mère film

À peine âgé de 20 ans, Xavier Dolan nous présente en 2009 son premier long-métrage. Il y occupe de nombreux postes : réalisateur, scénariste, acteur principal et même producteur. Pour ce passionné de cinéma érudit, qui a commencé très tôt comme acteur, les choses semblent se faire le plus naturellement du monde. Œuvre fortement autobiographique, articulée autour de confrontations Mère-Fils savoureuses, jubilatoires ou émouvantes, J’ai tué ma mère est un habile mélange de comédie (à l’humour souvent féroce) et de portrait intimiste. Ou comment mettre en scène la violence des échanges familiaux tout en maîtrisant le second degré.

Doté d’ un budget restreint, l’auteur tire le meilleur des contraintes imposées et délivre un film à la photographie soignée, aux plans étudiés, tout en imposant un style tout à fait personnel. De cet amour vache (car il s’agit bien d’amour malgré les apparences), Xavier Dolan fait deux portraits bien croqués d’une mère et de son fils qui ont du mal à communiquer et qui n’ont plus qu’une certaine nostalgie partagée pour s’apaiser. C’est à croire qu’ils ne peuvent s’exprimer, vivre, que de façon extrême. Soit ils sont dans l’euphorie et se balancent des « Je t’aime » à la chaîne, soit ils se jettent des phrases assassines à la figure (pour lui) ou organisent de petites mesquineries (pour elle). Jusqu’au moment décisif où il faut « tuer la mère » c’est à dire accepter de grandir et que rien ne sera plus comme avant.

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Le sujet est universel (qui n’a jamais été en conflit avec sa mère, surtout pendant l’adolescence ?), il est abordé avec fantaisie et beaucoup de grâce. En effet, ce premier long-métrage témoigne d’une maitrise assez sidérante : plans volontairement décadrés pour isoler les personnages, plans fixes parfaitement composés, inserts de photographies, affiches et autres détails…Bienvenue dans l’univers d’un jeune auteur à l’univers bien marqué. Chez Xavier Dolan on rit pour oublier qu’on a envie de pleurer, on parle souvent comme on pense, on s’aime librement entre garçons. Il y a là une énergie folle, un regard décalé et subtil et des personnages extrêmement attachants. A la violence de certains dialogues s’opposent des images, une ambiance souvent délicate. La première oeuvre d’un auteur inspiré, spontané et malicieux.

Film sorti en 2009

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)