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JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan

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12 ans que Louis (Gaspard Ulliel) a quitté sa famille et son bled paumé pour d’obscures raisons. Le voici de retour, attendu avec impatience par sa mère (Nathalie Baye) et sa soeur (Léa Seydoux)  et avec plus de méfiance par son frère (Vincent Cassel) qui est venu à cette réunion de famille avec sa femme Catherine (Marion Cotillard). Tout le monde est submergé par ses émotions : la famille de Louis s’est sentie abandonnée et a conscience que sa visite est exceptionnelle. Entre témoignages d’amour et reproches, celui qui est devenu un auteur intello reconnu ne sait plus trop où il est face à un entourage qui le touche en même temps qu’il lui apparaît étranger. Mais si Louis est revenu, ce n’est pas pour rien. Malade, il aimerait dire à ses proches qu’il ne lui reste plus longtemps à vivre. Annoncer ce genre de nouvelles dans un climat aussi à vif qu’électrique ne sera pas aisé…

juste la fin du monde xavier dolan juste la fin du monde xavier dolan

Adapté de la pièce de Jean-Luc Lagarce, « Juste la fin du monde » est reparti du Festival de Cannes 2016 avec le Grand Prix du Jury. Une récompense supplémentaire pour le surdoué Xavier Dolan qui surprend une fois encore avec un film au parti pris esthétique qui tranche avec le reste de sa filmographie. Si l’on devait rapprocher cette nouvelle proposition à une autre pièce de l’oeuvre de l’enfant prodige, on opterait sans doute pour Tom à la ferme. Les deux films ont en commun une atmosphère sensible et oppressante et sont tous deux adaptés d’auteurs de théâtre.

« Juste la fin du monde » provoque d’emblée quelque chose d’extrêmement physique de par son parti pris de plans reserrés sur les visages des personnages. On est plus que jamais aux côtés des protagonistes, presque collés à leurs émotions. Les différentes conversations en duo ou en groupe constituent des affrontements entre tendresse et blessures jamais refermées. L’amour est là, circule, s’exprime, mais il est toujours teinté de non dits, de violences. Plus que jamais les mots bouleversent et blessent.

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De la petite soeur douce ,qui ne connaît son frère qu’à travers ce qu’on lui en a raconté et ses cartes postales, au frère sanguin qui n’arrive pas à pardonner son absence et ne supporte pas sa stature d’intellectuel en passant par la mère aimante mais lucide sur son décalage : chaque personnage est complètement bouleversant et offre aux interprètes une partition dense, troublante et propice à bouleverser. Pièce rapportée, Catherine, l’épouse tyrannisée et maladroite du grand frère « bourrin »,  sera la seule à comprendre vraiment ce qui amène Louis dans les parages.

La vision du film n’est pas de tout repos : on a souvent l’estomac noué et les larmes aux yeux. Ca prend aux tripes. Pour ne pas complètement plomber l’ambiance, Xavier Dolan injecte des dialogues qui ne manquent pas de second degré et des parenthèses pop en forme de madeleines. Mais on en ressort surtout hanté par les blessures intimes de toutes ces personnes qui s’aiment à défaut de vraiment se comprendre. Entre Louis et « les siens », un fossé culturel, un fossé temporel, une incapacité à communiquer et se rabibocher malgré un lien indéfectible. Beaucoup de silences, de malaises, de complexes. Brillant et intense, « Juste la fin du monde » confirme le regard unique et jamais vain d’un jeune réalisateur qui ne cesse de confirmer qu’il est un très grand. Une claque.

Film sorti en 2016

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)