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KILL YOUR DARLINGS de Josh Krokidas : souffrir et créer

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1944. Le jeune Allen Ginsberg (Daniel Radcliffe) découvre qu’il est admis à la prestigieuse université de Columbia. Une joie qui va de pair avec la douleur de quitter le foyer familial où sa mère, dépressive et suicidaire, a besoin de lui. Pour la première fois, Allen décide d’être égoïste, quitte à culpabiliser, et de vivre sa propre vie.

A peine arrivé sur le campus, il est captivé par un autre élève, Lucien Carr (Dane DeHaan). Ce dernier crache sur les œuvres académiques qui servent de références aux professeurs, multiplie les provocations et compte bien être l’un des instigateurs d’un nouveau mouvement. Devenant amis, Allen et Lucien passent tout leur temps ensemble, refaisant le monde, se défonçant dans des soirées en compagnie de William Burroughs (Ben Foster).

Cette amitié très forte n’est pas vécue sans ambiguïté par Ginsberg qui est de plus en plus attiré et amoureux de son jeune mentor. Il jalouse la relation floue dont Lucien se dit prisonnier avec un homme gay plus âgé, David Kammerer (Michael C. Hall), avant de craindre d’être relégué au second plan quand un nouvel aspirant écrivain, Jack Kerouac (Jack Huston) rejoint la bande. L’année universitaire sera intense, s’achevant par un meurtre qui aura le mérite de faire tomber les masques…

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Kill your darlings est avant tout le portrait de la naissance artistique de Allen Ginsberg, campé ici avec brio par Daniel Radcliffe, dont le plaisir de composer un personnage à vif et passionné, loin de l’univers de Harry Potter, est palpable à chaque plan. Très crédible, il apporte beaucoup de sensibilité à un personnage montré ici comme infiniment romantique et vulnérable que le feu de l’écriture va aider à dépasser les douleurs et obstacles. Nous sommes en 1944, Ginsberg est juif et n’ose pas complètement affirmer une homosexualité dévorante. Lucien Carr va être à la fois son premier grand ami et un premier amour dont il peinera à savoir s’il a une chance de se concrétiser physiquement. Les questionnements intimes se mêlent à une farouche envie de bousculer les codes, de créer un mouvement artistique, de s’affranchir des normes et références. La quête effrénée de liberté qui habite tous les protagonistes va de pair avec un malaise, des pulsions autodestructrices, la violence du monde et des relations. Devenir un auteur se paie parfois par le prix des larmes et du sang, Allen Ginsberg va en faire l’expérience.

La beat generation et ses auteurs captivants ont déjà fait l’objet de différents films ces dernières années. Arrivant après Howl et Sur la route, Kill your darlings souffre légèrement d’un côté « déjà vu » et on sent la difficulté du réalisateur John Krokidas à trouver son propre style, livrer une œuvre personnelle dépassant le poids des figures cultes qu’il met en scène. Son long-métrage ne manque pas d’élégance et parvient à instaurer une atmosphère à la fois galvanisante et sombre, riche en nuances. Il manque toutefois un peu de souffle, un je ne sais quoi qui aurait permis au projet de s’envoler, de marquer. Kill your darlings reste peut-être un peu trop lisse, sage, propre.

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La relation toxique entre Allen Ginsberg et Lucien Carr donne au projet ses plus beaux moments. Ce sera finalement grâce à son amour déçu pour Carr, grâce à la découverte de la noirceur de l’âme de l’objet de son affection, que Ginsberg osera à son tour s’affirmer, s’affranchir des traditions et écrire avec ses tripes. Un récit plus sentimental qu’attendu, plus à fleur de peau que réellement barré, qui tient la route grâce à l’intensité de son casting.

Film produit en 2013 et disponible en VOD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)