CINEMA

KNIGHT OF CUPS de Terrence Malick : perdu dans le vide

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Knight of cups n’a pas manqué de diviser la critique et le public et il n’y a au final absolument rien de surprenant à cela. La sortie en salles et la promotion accordée au film tiendrait presque du miracle dans le paysage cinématographique actuel. Terrence Malick est sans aucun doute l’un des seuls cinéastes à pouvoir encore bénéficier de sorties conséquentes sur les écrans tout en proposant des oeuvres si radicales, flirtant avec l’expérimental. Son aura mais aussi et surtout ses têtes d’affiche n’y sont pas pour rien.

Knight of cups renvoie directement à une histoire que le personnage principal, Rick (Christian Bale), se voyait conter par son père quand il était enfant. « Il était une fois un jeune prince que son père, le souverain du royaume d’Orient, avait envoyé en Égypte afin qu’il y trouve une perle. Lorsque le prince arriva, le peuple lui offrit une coupe pour étancher sa soif. En buvant, le prince oublia qu’il était fils de roi, il oublia sa quête et il sombra dans un profond sommeil… ». Tout le film en est une sorte d’illustration moderne, Rick déambulant à Santa Monica et dans une multitude de décors hollywoodiens et artificiels. Il n’est plus que l’ombre de lui-même, fantomatique à souhait, là sans être là, la majeure partie du temps ivre, entouré de gens auxquels il n’a absolument rien à dire.

Si l’on retrouve, parfois jusqu’à la caricature, toutes les obsessions de Terrence Malick (notamment la quête de sens, la foi, le paradis perdu) et qu’il déploie une mise en scène ultra aérienne apte à donner le tournis, pour l’amateur de son cinéma Knight of cups est une véritable curiosité dans le sens où il nous plonge dans un univers que Malick n’avait jamais abordé. Il se heurte en effet pour la première fois à une société moderne, au monde égocentrique et factice du cinéma. Tous les décors du long-métrage sont énormes, clinquants, luxueux. Ils pourraient ressembler à une autre dimension, un ailleurs enchanteur où le faste est devenu la norme et où la fête ne s’arrête jamais. Les filles ressemblent toutes à des mannequins, se laissent toutes facilement séduire par l’impassible Rick. C’est pourtant bien un enfer qui est ici mis en image où la crétinerie des uns s’oppose à l’absence totale de relief des autres.

knight of cups knight of cups

Pour tromper l’ennui et ne pas basculer au plus profond de la dépression, avec laquelle il s’acoquine déjà grandement, Rick enchaîne les amourettes. Les femmes sont un rayon de soleil, un réconfort, une possible porte de sortie. Mais presque fatalement, il ne parvient pas à les aimer vraiment, ou du moins comme elles le mériteraient ou l’attendraient. Rick est un homme qui casse, un homme qui fuit, qui tourne tellement en rond qu’il ne sait plus où il est ou qui il est. Alors il se rattache à des blessures (familiales), des fantômes (les femmes qui l’ont le plus marqué, son ex épouse notamment).

En faisant de la voix off le personnage principal, en proposant un récit volontairement éclaté qui casse toute linéarité, en transformant ses protagonistes en vagues figures, Knight of cups confère au poème cinématographique, a les atours et les charmes obsédants d’une véritable expérience de cinéma. Peu importe alors les possibles maladresses ou répétitions : pour peu qu’on s’abandonne, on se laisse complètement hypnotiser. On a l’impression de voir une vie défiler, une existence faite de bribes, de paroles qui s’estompent, d’images fantasmées, de créatures déchues. Sans doute le film le plus osé et le plus pur de son auteur, clivant mais ô combien fascinant.

Film sorti en 2015 et disponible en DVD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)