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LA VIERGE DES TUEURS de Barbet Schroeder : Medellin, sans espoir

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Plongée sans concession dans l’enfer de la pauvreté et des gangs à Medellin, La vierge des tueurs est l’adaptation par Barbet Schroeder de l’oeuvre de Fernando Vallejo. Passion et mort.

Après 30 ans d’absence, Fernando (German Jaramillo) revient à Medellin. Il entend emménager dans la maison familiale dont il a hérité. A peine arrivé, il se retrouve dans l’appartement d’un ami qui favorise régulièrement les rencontres entre des hommes murs et aisés et des garçons pauvres qui n’ont pas trop de problèmes à utiliser leur corps pour obtenir quelques faveurs. Ainsi Fernando est présenté à Alexis (Anderson Ballesteros), un adolescent de 16 ans.

Dès le départ, Alexis se différencie des autres garçons que Fernando a pu croiser par le passé. Il dit ne pas s’intéresser aux filles, il est curieux de le connaître. Une passion nait entre eux, à la fois amicale, sentimentale et sexuelle. La différence d’âge entre eux semble fortifier leur lien : Fernando s’amuse de la spontanéité et de la malice de son nouveau compagnon et ce dernier trouve en cet homme érudit une figure paternelle et masculine qui prend soin de lui, le protège, lui apporte un certain confort matériel. Ils ne jouent pas à un rôle et n’ont pas de filtre : Fernando se montre ainsi parfois dans toute sa vulnérabilité, racontant ses douleurs passées, ses pertes, en pleurant.

Au coeur des quartiers chauds colombiens, le lien entre Fernando et Alexis ne choque personne. Ils deviennent de plus en plus un couple, vivent ensemble, conversent pendant des heures. Et puis il y a l’histoire de ce voisin qui fait trop de bruit. Alexis le tue, pensant bien faire. Il se révèle alors comme beaucoup d’autres garçons du quartier, prêt à dégainer pour n’importe quoi. En effet, dans les rues les meurtres brutaux s’accumulent. Les gangs se font la guerre, on tire une balle sur quelqu’un car il a des dettes, car il a refusé de se laisser voler ou juste parce qu’il nous a énervé !

Alors qu’Alexis semble de plus en plus en roue libre et augmente ses chances de voir sa tête prise pour cible, Fernando se confronte à ses propres limites. Effaré par la violence, il cède aussi à un certain nihilisme…

la vierge des tueurs film

Au coeur du métrage, il y a cette romance improbable entre un homme qui joue les dandys et un petit voyou. Deux âmes perdues qui se trouvent et qui se font du bien. Ils sont tout l’un pour l’autre et on croit en ce lien qui se tisse à l’écran. Mais l’arrière-plan du film – la terrible misère des rues de Medellin et la violence qui en découle – prend de plus en plus de place. Comme si tuer quelqu’un n’était qu’un jeu, un geste anodin, des vies s’arrêtent nettes d’une minute à l’autre. Les gamins des quartiers rêvent de fringues et d’armes pour parader. Il n’y a plus de limite, plus vraiment de civilisation, plus de différence entre le Bien et le Mal.

Attachant et touchant par sa jeunesse, Alexis peut comme les autres se transformer en monstre, tirant sur quelqu’un sur un coup de tête. D’abord sonné, choqué, Fernando devient le complice de ce jeu morbide. Il ne contient pas son jeune amant et se laisse dériver avec lui comme pour se rapprocher lui aussi de la mort alors qu’il ne croit plus en grand chose.

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Le film oscille constamment entre sentiments, tendresse et ultra-violence et désespoir. L’oeuvre secoue, bouscule nos propres limites, se permet parfois un humour très noir et navigue entre drame, mélodrame, film policier, documentaire et film social. Plus on avance dans l’intrigue et plus on est tendu alors que la mort peut frapper à chaque coin de rue, marquée par le son menaçant des deux roues.

La dernière partie du métrage, qui montre Fernando seul face au chaos qui l’entoure et le confronte définitivement à l’extrême misère de Medellin (notamment via la rencontre d’un nouveau protégé dont l’identité et le destin vont le chambouler) est bouleversante. Une plongée au coeur du désespoir où la pauvreté et la violence ont définitivement le dernier mot. Dur et fort.

Film sorti en 2000 et disponible en DVD et VOD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)