FICTIONS LGBT

LABEL ME de Kai Kreuser : besoin de tendresse

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Premier long-métrage du réalisateur Kai Kreuser, Label me suit l’itinéraire d’un demandeur d’asile syrien à Cologne dont l’identité et la sur-virilité vacillent suite à sa rencontre avec un allemand aisé. Un film à la fois frontal et sensible.

Demandeur d’asile syrien, Waseem (Renato Schuch) survit à Cologne en vendant ses charmes à des hommes. Il ne se définit pas du tout comme homo et impose ses règles : pas de baisers, pas de pénétration en tant que passif. Son côté rustre et distant séduit Lars (Nikolaus Benda), un trentenaire allemand qui gagne très bien sa vie et qui se sent seul dans son grand appartement. A la base, le rapport entre les deux hommes ne devait pas dépasser le stade d’une passe. Mais Lars s’attache à cet homme qu’il devine plus tendre qu’il ne le laisse paraître.

De rendez-vous en rendez-vous, leur lien évolue. Ils jouent tous les deux du rapport de force. Lars est sur le papier celui qui domine Waseem de par sa condition et son statut de client. Toutefois, au lit c’est bien Waseem qui mène physiquement la danse et c’est lui qui choisit ce qui peut avoir lieu, ce qu’il accepte de révéler de lui-même. Tout les sépare mais leur solitude commune pourrait les rapprocher…

label me kai kreuser

Le film dure à peine une heure et c’est assez pour s’attacher aux deux personnages principaux. A l’image de leur relation, la mise en scène joue au chaud et au froid. C’est par moment assez frontal, cru ou violent avec une froideur, une distance, et à d’autres moments tout se resserre, la douceur envahit l’écran comme une nécessaire respiration.

Si Kai Kreuser ne s’embarrasse pas de fausse pudeur dans sa représentation des rapports charnels, il est au contraire très pudique quand il s’agit d’esquisser les émotions contenues de Waseem à la sensibilité vibrante. Le quotidien est sombre pour ce syrien en galère, vivant dans un foyer où la promiscuité et la violence sont inévitables. Les passes avec les clients, qui permettent de survivre, sont souvent glauques.

label me kai kreuser

Mais au coeur des ténèbres il peut toujours y avoir de la lumière et c’est peut-être ce qui arrive avec cette rencontre qui s’impose avec un trentenaire gay à l’opposé de sa personnalité mais qui a clairement un coup de coeur pour lui, s’intéresse à lui et lui montre par des petits gestes qu’il s’intéresse à lui et qu’il lui veut du bien. On dépasse les éternels clichés de la prostitution pour montrer que la tendresse et les sentiments peuvent émerger partout.

La mise en scène oscille habilement entre naturalisme et esthétisme, le duo de comédien fonctionne complètement et cette tranche de vie intimiste avec son fond social fait mouche.

Film produit en 2019 et présenté au Festival Chéries Chéris 2019

 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)