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LE TEMPS QUI RESTE de François Ozon : quand vient la fin

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Romain (Melvil Poupaud) est photographe de mode. Il vit à Paris avec son petit ami, plus jeune que lui, Sasha (Christian Sengewald). Suite à des examens, il apprend qu’il est atteint d’une tumeur qu’il a très peu de chance de vaincre et qu’il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Refusant de passer ses derniers jours dans un hôpital, Romain décide de garder l’annonce de sa mort comme un secret tout personnel. Il ne dit rien à ses parents, s’engueule violemment avec sa sœur, plaque son compagnon et part sur la route. La seule à qui il confie la vérité est sa grand-mère (Jeanne Moreau). Lors de retrouvailles émouvantes, cette dernière lui confie qu’elle pourrait « partir avec lui ». La mort rode, le temps devient une notion plus floue. Entre rencontres de hasard et mises au point, Romain se balade, connaît des hauts et des bas, prend des images de ce qu’il lui reste de sa vie…

le temps qui reste ozon

Que faire quand l’on découvre que l’on n’a plus que quelques semaines à vivre ? François Ozon confronte un photographe très auto-centré à cette délicate question dans le bien nommé Le temps qui reste. Jusqu’à l’annonce de sa mort, Romain était un cliché à lui tout seul : égoïste, toujours entre deux villes, un peu capricieux, carburant aux substances illicites, en couple avec un petit jeune, se plaisant à choquer sa petite famille soudée et bourgeoise… Une fois informé que son temps est compté, Romain fonce d’abord tête baissée. Tout est décuplé. Il se brouille avec sa sœur comme jamais alors qu’elle n’a rien fait de mal si ce n’est incarner une image qui lui déplait, met à la porte son compagnon…

Le début du film est difficile, un peu systématique, un poil trop hystérique, cliché. Quand apparaît sa grand-mère, l’antipathique Romain redevient un petit garçon, se fait plus humain, plus sensible. La peur apparaît sur son visage, le doute aussi. Jeanne Moreau apporte au film ses scènes les plus touchantes et les plus réussies. La relation de Romain à sa grand-mère, plus affectueuse, plus sincère, sans barrières, dévoile quelques unes des fêlures d’un personnage principal pas forcément évident à aimer ni comprendre (c’est aussi ce qui en fait son intérêt). S’il traite si mal sa sœur, c’est sans aucun doute que Romain l’aime bien plus que ce qu’elle ne pense, qu’il regrette tout autant qu’elle la distance qui s’est affirmée entre eux, alors qu’ils étaient si proches enfants, si fusionnels. Difficulté de grandir, d’évoluer dans monde artificiel loin des préoccupations réelles, de composer avec le réel tout court.

Romain ne parle pas de sa mort à la majorité de ses proches. Une façon de les protéger mais aussi et surtout de se protéger lui-même, de finir sa petite route personnelle comme il l’entend, de s’octroyer la liberté de gérer ce qu’il lui reste de temps comme il l’entend. Bien qu’elle soit peu probable, la rencontre du photographe branché avec un couple modeste en mal d’enfant, qui vire en triolisme dans le but de permettre à la femme et son mari stérile de fonder une famille, offre au long-métrage de beaux moments de grâce. Beauté de la vie, des rencontres de hasard, des destins qui se croisent, des corps qui échangent, sans mots, loin des normes. Une façon pour Romain d’être généreux pour une fois, d’assurer une descendance aussi.

Entre obstination et peur, regrets et entêtement, gestes d’amour et fuite en avant, Le temps qui reste, malgré quelques petits tics de petit film d’auteur bourgeois touche souvent droit au cœur, parvient à faire ressentir l’inquiétant vide qui survient quand l’on quitte les rails, quand l’avenir n’a plus lieu d’être, que le présent a déjà un goût de passé. Ponctué de scènes très fortes, de regards bouleversants, mis en avant par une réalisation élégante et non dénuée de poésie, dissimulant quelques images fantomatiques (Romain photographie des personnes, des choses, pour des clichés qu’il ne gardera pas longtemps, comme pour voir de près ce(ux) qu’il aime une dernière fois) , Le temps qui reste laisse une délicate et mélancolique empreinte.

Film sorti en 2005.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)