FICTIONS LGBT

LES AMITIÉS PARTICULIÈRES de Jean Dellanoy : interdit

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France des années 1920, Georges de Sarre (Francis Lacombrade) fait son entrée dans un pensionnat catholique particulièrement strict. Dès son arrivée, il se lie d’amitié avec Lucien Rouvière (François Leccia), jeune adolescent aussi beau qu’insolent. Un jour, Georges trouve un poème adressé à Lucien, écrit par un de ses amis, André. Un poème d’amour. A la lecture des vers, le jeune homme est particulièrement émoustillé…et peut-être bien jaloux. Il ira dénoncer André, provoquera son renvoi de l’établissement, tout en préservant Lucien. Mais ce n’est pourtant pas avec lui que Georges partagera une « amitié particulière » (comprendre amitié privilégiée aux forts sous-entendus homosexuels, réprimée par le pensionnat).

Le cœur de l’adolescent va plutôt battre pour un élève plus jeune, le petit Alexandre Motier (Didier Haudepin). Poèmes, rencontres secrètes, pacte du sang et promesses…Georges et Alexandre cultivent un rapport amoureux et chaste tout en prenant le risque d’être un jour surpris et donc renvoyés. Leur jeune amour résistera-t-il aux  règles du pensionnat ? Le Père de Trennes (Michel Bouquet) semble déjà suivre de près l’affaire…

les amitiés particulières film

Adaptation assez fidèle du célèbre roman de Roger Peyrefitte, Les amitiés particulières est un magnifique film sur l’adolescence au masculin et sur la montée de sentiments interdits. Avec un noir et blanc élégant et un casting subtil, Jean Delannoy nous plonge directement dans l’ambiance singulière du pensionnat et de son quotidien guidé par l’obsession de la pureté. Les décors sont particulièrement imposants, ils intimident, oppressent, à l’image des regards inquisiteurs des Pères qui guettent la moindre faute de leurs élèves. Il ya toujours une certaine beauté dans ces films de pensionnat : environnement 100% masculin, les lits les uns à côté des autres, les amitiés tendres qui se créent en même temps que certaines rivalités, l’insouciance, la naïveté…

Naïf, le personnage principal de Georges de Sarre ne le restera définitivement pas longtemps. Au fil du récit, nous découvrons que c’est un véritable manipulateur, prêt à tout pour obtenir ce qu’il désire et vivre son amitié amoureuse avec le petit Alexandre. Le film choque indéniablement (et serait sans doute impossible à faire aujourd’hui) plus que le livre de par son casting sulfureux. Georges de Sarre (14 ans dans le roman) a ici les traits d’un jeune homme de 17-18 ans alors que l’objet de son affection, Alexandre (12 ans dans le roman) ressemble à un gamin d’à peine 10 ans ! L’engouement affectif de Georges est donc très troublant et , même si tout reste platonique, certains gestes à l’image peuvent provoquer le malaise.

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L’histoire est diablement intemporelle et exposée avec une incroyable justesse et un véritable souffle. La beauté , sensibilité et douceur des jeunes acteurs s’oppose à la grâce des mots pour ce qui constituera au final une véritable tragédie adolescente. Tout en filmant des portraits de jeunes hommes en pleine construction, Les amitiés particulières évoque un système d’éducation aussi strict qu’hypocrite (certains pères ayant de véritables penchants pour les garçons). Beauté et tensions font de ce long-métrage une œuvre maitresse de l’adolescence au cinéma, le caractère subversif en plus.

Film sorti en 1964 / Disponible en dvd d’occasion 

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3