FICTIONS LGBT

LES CHRONIQUES DE SAN FRANCISCO sur Netflix : communauté et individualités

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Retour à Barbary Lane avec « Les Chroniques de San Francisco » version Netflix qui permet de retrouver les personnages chers aux fans de l’oeuvre d’Armistead Maupin.

Mary Ann Singleton (Laura Linney) revient un peu la boule au ventre à San Francisco, ville qu’elle avait délaissé pendant 20 ans pour faire carrière ailleurs. Elle avait laissé derrière elle son compagnon Brian (Paul Gross) et surtout la fille qu’ils avaient adopté ensemble, Shawna (Ellen Page). Cette dernière ignore qu’elle a été adoptée et pense que Mary Ann et Brian sont ses parents biologiques.

Devenue une bourgeoise ignorant les réalités, Mary Ann détonne avec la communauté queer de San Francisco et les habitants de Barbary Lane, grande maison composée de plusieurs appartements et tenue par Anna Madrigal (Olympia Dukakis) une femme trans de 90 ans qui a permis à de nombreux jeunes LGBT de s’assumer et trouver leur voie.

Tout le monde se réunit pour l’anniversaire d’Anna. Il y a Michael, dit « Mouse » (Murray Bartlett, vu dans la série « Looking »), un gay quinquagénaire, séropositif et indétectable, qui vit depuis bientôt 6 mois une relation amoureuse fusionnelle avec Ben (Charlie Barnett), un jeune homme noir. Il y a également Margot (May Hong) jeune artiste lesbienne en couple avec Jake (Garcia), garçon trans qu’elle a connu avant sa transition. Aussi les jumeaux Ani (Ashley Park) et Raven (Christopher Larkin), performeurs décidant de devenir des influenceurs sur Instagram. Enfin, Shawna, qui vit avec tout ce beau monde en harmonie.

Alors que tous célèbrent le temps d’une fête magique l’anniversaire d’Anna, celle-ci reçoit une étrange lettre de menace : quelqu’un a trouvé des informations sur son passé et menace de les révéler. Le temps de quelques semaines, ce mystérieux harcèlement va provoquer une vague de rebondissements à Barbary Lane…

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On ne pourra pas reprocher à la série de ne pas cocher toutes les cases du cahier des charges d’un show inclusif : il y a des gays, des lesbiennes, des trans, des bis, des personnes noires, latinos et asiatiques, des jeunes, des vieux… Toute la famille est là, youpi ! De quoi faire de ces « Chroniques de San Francisco » un vrai feuilleton communautaire explorant la question de l’identité sous de multiples prismes.

Pas mal de sous-intrigues donc et hélas c’est le piège dans laquelle cette chronique un peu cheesy tombe : certaines sont nettement plus intéressantes que d’autres. Difficile d’apprécier tous les personnages. Si on se laisse émouvoir par l’intrigue familiale de Shawna, si on vibre complètement avec le couple émouvant formé par Mouse et Ben, si la trajectoire du personnage de Jake est intéressante, on trouve des personnages franchement horripilants (les jumeaux influenceurs qui ne servent absolument à rien / le personnage cliché de la rentière Dede / l’insupportable documentariste Claire).

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La série n’a pas la fougue de Pose et ne parvient pas à toucher autant que Looking. Elle est imparfaite, en dents de scie. On a parfois l’impression d’être devant un soap des années 1990 même si les enjeux traités sont contemporains et que l’écriture est empreinte de modernité.

Les scènes d’intimité sont très belles, les différents couples sont attachants. De quoi passer outre une intrigue policière pas très fine. Cette dernière réserve toutefois une bonne surprise et rectifie le pire travers du show : mine de rien les personnages sont tous ici privilégiés, bourgeois et hipsters. Ils participent à un portrait idéalisé et édulcoré de San Francisco, ville qui mine de rien en réalité est pleine à craquer de SDF. Cet autre reflet de la ville s’invite de force dans les derniers épisodes, revenant notamment sur l’arrivée d’Anna Madrigal en ville dans les années 1960. Trahison majeure au menu. 

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Au portrait lisse d’une communauté soudée s’opposent les intérêts individuels, l’égoïsme même. Un contraste bienvenu au coeur d’un ensemble un poil guimauve.

Si elles n’ont pas de quoi constituer la série événement de 2019 qu’on pouvait espérer, ces Chroniques de San Francisco se regardent avec plaisir et offrent à Ellen Page, Murray Bartlett et Charlie Barnett des personnages sensibles et marquants.

Série mise en ligne en 2019 sur Netflix France

 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)