CINEMA

LES MISÉRABLES de Ladj Ly : chaos

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Considéré comme un choc de cinéma au Festival de Cannes, encensé par la critique, gros succès surprise au box office : Les Misérables est un des films français qui aura fait le plus de bruit en 2019. N’en déplaise à ses détracteurs, ce premier long-métrage furieux de Ladj Ly mérite toute l’attention qui lui a été portée car il dresse un portrait à la fois sans concession et juste de la banlieue.

Stéphane (Damien Bonnard) quitte la ville de Cherbourg pour intégrer la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans le 93. Il comprend rapidement qu’un quotidien tendu l’attend alors que dans les rues la délinquance fuse et que la violence peut surgir à tout instant. Il n’a pas le temps de souffler ou prendre ses marques que ses nouveaux collègues Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier Zonga) le plongent dans le bain et lui présentent les sombres alentours. Du point de vue de Chris, qui s’affiche dès le départ comme un flic en roue libre, il faut jouer au cowboy pour se faire respecter.

La tension monte quand l’un des dirigeants d’un cirque ambulant menace de tout faire péter si personne ne lui rend le lionceau qui lui a été volé. Stéphane, Chris et Gwada mènent l’enquête et il s’avère que le voleur n’est autre qu’Issa (Issa Perica), un jeune ado tristement bien connu des forces de l’ordre pour ses nombreux délits et écarts. Alors qu’ils essaient de l’arrêter, les choses tournent mal. Un incident éclate et va montrer toute la complexité de la situation régnant dans ce quartier agité.

les misérables ladj ly

Ladj Ly prend son temps pour poser tous les personnages, principaux comme secondaires, qui auront tous leur rôle à jouer dans cette plongée sans concession au coeur du 93. Contrairement à ce qui a pu être dit par certains détracteurs, le film n’est pas du tout un portrait à charge contre la Police. Les Misérables est riche en nuances et montre l’ambivalence des membres de la BAC. Il y a Chris qui a clairement pété les plombs et qui se présente comme une bombe à retardements de par ses actes plus que limites. Gwada qui fait office de suiveur et qui cache son implosion alors qu’il se sent démuni face à ce quartier qui l’épuise. Et enfin Stéphane, petit nouveau aux bonnes intentions qui espère pouvoir faire les choses comme il faut mais qui n’échappe pas à un terrible engrenage. Face à eux, les (très) jeunes des quartiers qui apparaissent comme des énigmes, dont la délinquance et la violence à répétition constituent un feu qui ne semble jamais s’éteindre.

Le tableau est sombre mais le réalisateur creuse et montre à la fois l’humanité et la part de mal qui habite chacun. Le jeune Issa peut se révéler très dangereux mais au final n’est-il pas qu’un gamin livré à lui-même qui exprime par ses délits la colère de l’isolement, d’être livré à lui-même ? En filigrane, et des deux côtés de la barrière, le film montre ni plus ni moins comment la société d’aujourd’hui fabrique des monstres. Comment les pires pulsions et la violence peuvent prendre le dessus et devenir incontrôlables poussant à l’inexcusable.

Si dans sa première partie le film colle plutôt à la tradition d’un certain cinéma social français, il dévoile une mise en scène furieuse et coup de poing dans son final qui laisse bouche bée. Et si on pourra regretter qu’il ne donne pas de solutions, ce long-métrage soulève de nombreuses questions et réflexions. Et témoigne d’un statu quo qui fait froid dans le dos, plus de 24 ans après « La Haine » de Kassovitz.

Film sorti le 20 novembre 2019

 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)