FICTIONS LGBT

LES MOISSONNEURS d’Etienne Kallos : la fin d’un monde

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C’est un film étrange à la mise en scène hypnotique que nous propose Etienne Kallos avec « Les Moisonneurs ». Une plongée dans l’univers des Afrikaners à réserver aux cinéphiles patients.

Afrique du Sud, les Afrikaners forment une communauté reculée et possiblement en voie d’extinction. Blancs, chrétiens, ils vivent encore comme dans d’anciens temps. Ils travaillent la terre, les distractions sont rares et la religion est un pilier. Le quotidien de Janno (Brent Vermeulen) change quand débarque dans sa famille Pieter (Alex van Dyk), un garçon que la mère de Janno recueille. Désormais ils seront frères.

L’arrivée de Pieter n’est pas de tout repos : drogué, il se désintoxique en même temps qu’il doit se fondre dans ce nouveau décor loin des attractions et tentations de la ville. Impulsif et rebelle, il semble à l’opposé de Janno qui est un garçon doux et introverti. Sans que personne ne comprenne pourquoi, Pieter s’attire de plus en plus les préférences de la mère de la famille. Un coup dur à encaisser pour Janno. Ce dernier refoule par ailleurs son attirance pour les garçons. Le temps de quelques semaines, les trajectoires des deux frères vont se croiser, s’entrechoquer et possiblement s’inverser.

les moissonneurs film

C’est un long-métrage qui a du style, la mise en scène évoquant par exemple « Les moissons du ciel » de Terrence Malick. C’est assez poétique, très calme, intériorisé. Lent aussi. Le propos n’est pas forcément linéaire mais se dessinent petit à petit des thématiques : le poids des codes d’une famille rurale et traditionnelle, les diktats qui peuvent aller avec la masculinité (Janno se voit repoussé par son grand-père qui ne veut pas en faire son héritier car il perçoit sa différence / on lui préfère de plus en plus Pieter qui est plus dur, plus masculin, même s’il ne fait rien comme il faut). C’est enfin une variation assez étrange sur une société, un monde, un style de vie en train de disparaître.

Alors que les Afrikaners sont de moins en moins nombreux, les familles se constituent de façon inattendue voire improbable : peu importe les liens du sang, on intègre dans sa famille des étrangers et des laissés pour compte pour assurer une forme de relève.

Face à un sentiment d’abandon, d’incompréhension et d’injustice, le lisse Janno va peu à peu découvrir les travers de sa famille et être pris du désir de s’en affranchir. A l’opposé, le sauvage Pieter pourrait bien se laisser piquer par la tentation de se conformer.

L’ensemble est vraiment particulier, très exigeant dans sa forme (ceux qui ont l’habitude des films qui défilent à toute allure trouveront sans aucun doute cette proposition de cinéma très longue et potentiellement pénible). C’est peu lisible et cela laisse un sentiment d’inachevé mais il y a assurément un regard et la photographie d’un univers qui détonne.

Film sorti le 20 février 2019

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3