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Lone, Lemurian : électro obsédante

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Il me semble important de revenir sur Lone, dont l’EP Cluster Dreams est sorti il y a quelques mois. Suite à l’écoute de ce disque j’ai eu envie de me plonger dans son premier album, intitulé Lemurian. Et là : coup de foudre ! Et pas un petit: c’est le genre d’album qui vous suit, vous obsède et qui va définitivement rejoindre votre collection de disques favoris. Passé l’à priori d’une pochette « mode/superficielle », on pénètre dans un univers extrêmement dense et on passe par tous les états.

Cela fait des années que je n’avais pas entendu un projet électro aussi fouillé et surtout aussi émouvant. Tout ici est instrumental, des voix féminines viennent de temps en temps nous murmurer à l’oreille des choses abstraites (on croit parfois déceler des gémissements de plaisir). Lone opte sans hésitation pour l’expérimentation et Lemurian est tout sauf une œuvre formatée. Chaque morceau empreinte des chemins plus ou moins tortueux, affiche sans complexes des ruptures et creuse petit à petit notre imaginaire. On voyage, on part très loin, les mélodies sont à la fois très modernes, parfois froides et puis soudainement des sons rétros apparaissent, une sensualité insoupçonnée se dévoile et la mélancolie l’emporte.

Lemurian serait la bande-originale idéale d’un film complexe, alambiqué, on pense directement, presque naturellement, à Lynch ou aux travaux de vidéastes qui ,habillés de ces perles électros, gagneraient encore plus en puissance. On ne sait jamais trop où on va, on se perd, on se sent dans une certaine insécurité, les morceaux affichent leur sensibilité, sont tour à tour chauds ou vénéneux. Comme un paradis perdu, une histoire d’amour qui nous échappe.

Le titre Interview at Honolulu est dans son genre un véritable chef d’œuvre. Une énorme décharge émotionnelle, un son profond et extrêmement personnel. Peut-être est-ce la piste la plus sombre du disque, un diamant noir. Dans une certaine noirceur s’enchainent aussi les titres Lens Flare Lagoon et Minor Suns. Mais ces titres mélancoliques s’opposent à d’autres beaucoup plus joyeux, nous entrainant tout droit vers le rêve. Lone nous injecte ainsi un Sea Spray où les oiseaux chantent avant la tombée de la nuit pour mieux nous guider vers l’irrésistible morceau Banyan Drive où on se met à penser que tout est possible.

Après plusieurs écoutes (au casque c’est encore mieux), on commence à se dire qu’il est juste surréaliste que ce disque soit passé inaperçu l’an dernier. Un véritable chef d’œuvre qui soufflera les auditeurs les plus exigeants et apportera réconfort et fraicheur aux plus blasés. Lemurian est un album qui vous hante et laisse une trace. Remarquable.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)