CINEMA

LOUISE WIMMER de Cyril Mennegun : pour être libre

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Louise Wimmer (Corinne Masiero) travaille comme femme de ménage à temps partiel et dort la nuit dans sa voiture. Approchant de la cinquantaine, cette femme à qui on ne la fait pas tient bon alors que pourtant tout semble prêt à s’écrouler autour d’elle. Les rendez-vous chez l’assistante sociale ne servent à rien : elle ne parvient pas à trouver un logement. Et l’huissier la menace de saisir ses derniers biens. Même si parfois elle craque au volant de sa voiture, cette femme seule refuse d’inspirer la pitié. Quasiment personne ne sait qu’elle est sans logement, qu’elle vit dans la misère, qu’elle est obligée de faire sa toilette dans des stations services et que pour se nourrir elle doit parfois récupérer les assiettes des autres au Flunch du coin. « L’important c’est d’y croire » se dit-elle.

Il reste (heureusement) des moments de fuite : la compagnie agréable d’un ami qui flirte avec elle au café où elle a son ardoise et ses habitudes (et où elle fait aussi suivre son courrier), les petits gestes d’affection ou de solidarité que daignent lui adresser les gens qu’elle croise sur son chemin ou encore l’extase d’étreintes passagères avec un inconnu, amant régulier. Dans la France d’aujourd’hui, en crise, une femme seule tente de poursuivre sa route…

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Parfaitement monté, rythmé (un film dense et qui dure 1h20 aujourd’hui, qui joue sur la lenteur sans jamais ennuyer, ça mérite d’être salué), Louise Wimmer est sans aucun doute un des plus beaux portraits de femmes que l’on ait pu voir au cinéma depuis longtemps. Avec sa vraie gueule de cinéma, sa beauté singulière, Corinne Masiero apporte grâce, sensibilité et vulnérabilité à chaque scène. Il est impossible de ne pas tomber amoureux d’elle alors qu’on la suit dans son quotidien, tristement articulé autour de rituels de survie.

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de connaître un bon démarrage, la vie est dure. Louise est femme de ménage, nettoie les salles de bain et toilettes des autres, passe dans les couloirs sans qu’on la regarde. Elle fait partie de ces invisibles qu’on préfère ignorer, d’un état de la société que beaucoup ne veulent pas voir jusqu’à ce qu’un jour ils y soient confrontés. Louise est une survivante, une résistante aussi. C’est sans doute là que le film de Cyril Mennegun bouleverse. Si elle le voulait, elle pourrait obtenir plus de confort. Car jadis, elle avait une vie « rangée ». Un mari, une fille. Mais ce mari l’ayant trompée, elle a préféré partir et il a fallu recommencer tout à zéro. Peu importe la galère, la pauvreté : cette femme lutte pour s’en sortir, seule, libre, en restant en accord avec elle-même. Et pour gagner cette dignité, elle en essuie des revers !

Il plâne sur ce long-métrage une énergie rock, rebelle. La réalisation sait être sobre, le regard parfois documentaire mais la mise en scène n’en est pas moins intense, inspirée. Film social s’il en est, Louise Wimmer est à l’image de son héroïne : il refuse de tomber dans le misérabilisme total, il veut garder l’espoir. En témoigne une conclusion en forme de véritable leçon de vie pour tous les privilégiés. On n’est pas prêts d’oublier la joie, le regard de cette femme qui après tant de débâcles voit un peu de chance s’immiscer dans sa vie.

Film sorti en 2012 et disponible en VOD

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3