FICTIONS LGBT

MOI ET MON MONDE (Center of my world) de Jakob M. Erwa : changements

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Allemagne. Phil, 17 ans, revient de vacances. Seulement trois semaines se sont écoulées mais beaucoup de choses semblent avoir changé. Sa mère (qui l’a élevé seul et qui n’a jamais voulu lui révéler l’identité de son père) et sa soeur jumelle ne se parlent plus, l’ambiance est tendue à la maison. Une tornade a également eu lieu et a ravagé plusieurs parties de la ville, dont le jardin familial.

Alors que ses liens avec sa soeur se retrouvent bizarrement réduits à néant, Phil savoure ses moments d’insouciance aux côtés de sa meilleure amie Kat. C’est la rentrée des classes et surgit un nouvel étudiant qui est loin de les laisser de marbre. Il s’appelle Nicholas, est beau et gaulé comme un coverboy de magazine gay. Quand ce dernier vient ouvertement draguer Phil, il n’en revient pas. Les deux garçons entament une relation torride qui va faire office de catalyseur.

Entre flashbacks et tentative d’élucidation de la querelle qui existe entre sa mère et sa soeur, Phil avance vers l’entrée de l’âge adulte tout en observant son monde se transformer, entre petits bonheurs et grands heurts. 

Adaptation de l’oeuvre d’Andreas Steinhöfel, Moi et mon monde (Center of my world) nous plonge d’emblée dans le quotidien et l’univers mental d’un ado gay de 17 ans. Le réalisateur Jakob M. Erwa opte pour une forme pop, aux artifices aussi nombreux qu’assumés. Clins d’oeil pop culture malicieux, chansons en pagaille, photographie léchée et jeunes minets lisses et sexy se côtoient à l’écran. Si le premier amour en dents de scie entre Phil et Nicholas joue les rôles de catalyseur et de fil rouge, l’intrigue est loin de se focaliser uniquement sur cette vignette romantique.

Assez dense, le long-métrage est aussi et surtout le portrait d’une famille haute en couleurs : des jumeaux jadis inséparables qui traversent une période de froid, une mère fantasque et affranchie qui a toujours assumé de mener sa vie comme elle l’entendait, multipliant les amours et amants sans se soucier des jugements extérieurs (et aussi des conséquences sur ses progénitures).

L’ensemble oscille en permanence entre rêveries naïves et noirceur. En filigrane se dessinent une enfance traumatisante, des amours insondables, des liens familiaux à vif, des amitiés peut-être pas aussi immuables qu’espérées. Les personnages sont attachants, le spectateur est tenu en haleine par le mystère qui entoure la querelle entre la mère et la fille. Center of my world  fait le job et séduit par son caractère foutraque, sa relative nonchalance et ses débordements un peu « dark ».

Le personnage principal est amené, la plupart du temps malgré lui, à faire évoluer son regard et ses émotions sur toutes les personnes qu’il aime et qui le happent. Phil entretient en effet avec chaque membre de son entourage des relations exclusives, guidées par une soif d’absolu. La mère, la soeur, la meilleure amie, le petit copain : tous se succèdent comme le « centre de son monde », formant une sorte d’idéal potentiellement voué à se métamorphoser en amer paradis perdu.

On sent que le réalisateur a voulu sortir des sentiers battus malgré un récit on ne peut plus universel et apte à toucher le plus grand nombre. Il n’y parvient pas toujours, parfois trop consensuel et attendu (la love story gay reste mine de rien un peu trop en surface), souvent mièvre (surtout dans sa dernière partie alourdie par de multiples métaphores et un dénouement un poil trop gentillet). En résulte un joli petit film de festival attachant et divertissant à défaut d’être la claque qu’on aurait pu espérer après un démarrage en grande pompe.

Film produit en 2016 et disponible sur OutplayVOD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)