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MONSTER PIES de Lee Galea : adolescence et solitude

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Une petite bourgade américaine. Mike (Tristan Barr), adolescent, connaît un certain calvaire au lycée. Il est victime des brimades de ses camarades qui le traitent de pédale ou de freak. Appartenant au clan peu convoité des losers du bahut, il n’a qu’une seule amie. Aller en cours est devenu une telle plaie qu’il arrive d’ailleurs toujours en retard.

Alors qu’un nouvel élève, William (Lucas Linehan), arrive dans sa classe, il entrevoit la chance d’avoir enfin un ami garçon. Après des débuts maladroits, les deux lycéens décident de collaborer pour un projet scolaire tournant autour de Roméo & Juliette. Apprenant que William rêve de devenir réalisateur, Mike, qui travaille dans un vidéo club, lui propose de faire un film plutôt que de rendre une banale copie.

De leur collaboration nait une amitié de plus en plus ambiguë. Si William n’est pas du genre à se livrer facilement, un soir, alors que Mike l’embrasse, il finit par baisser les armes. Les deux amis deviennent des amants et forment un jeune couple fusionnel même si la romance se doit de rester secrète (les parents de Mike ne se doutent pas du tout de l’homosexualité de leur fils et le père de William est un homme fermé d’esprit et violent). Toutefois, emportés par leurs sentiments, les deux jeunes hommes ne font pas assez attention et finissent par être découverts. Et leur amour va poser problème…

monster pies film

Deuxième long-métrage de Lee Galea, Monster Pies s’aventure sur les pistes ultra balisées du teen movie dit de coming out. Disposant d’un petit budget, le cinéaste prend le risque de la redite et de ne rien apporter de nouveau, du moins formellement, au genre. S’il commence avec un air de déjà-vu, le projet réussit progressivement à se distinguer grâce à ses deux personnages principaux, particulièrement à fleur de peau. Si l’homosexualité des deux adolescents est au cœur du film et qu’elle sera la source de leur plus grand malheur, les thèmes principaux de ce long-métrage troublant de sincérité et de vulnérabilité sont la solitude et l’ostracisme.

C’est d’abord le portrait de Mike, gentil garçon qui ne sait pas trop comment bien se tenir, qui a le sourire de ceux qui gardent la face pour ne pas pleurer. Rejeté depuis des années au lycée, il doit soit raser les murs, soit accepter les railleries de ses camarades masculins. Sa relation avec William, son premier ami garçon puis son premier petit ami, vont lui permettre de ne plus se sentir seul et mal aimé pour la première fois de sa vie. Moins fragile en apparence, William se révélera être nettement plus borderline que son petit copain. La mère de ce dernier a été placée dans un centre et n’arrive plus à communiquer avec personne. Une situation qui affecte forcément son fils, contraint de vivre avec un père qui reporte toute sa colère et le poids de sa propre solitude sur lui. Au fil des conversations, Mike et William vont découvrir qu’ils ont beaucoup plus en commun que ce qu’ils ne pensaient. Avant de se rencontrer, tous les deux se sentaient bizarres, différents, ont subi des drames familiaux dont ils ont peur de ne pouvoir se relever.

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Comment réagir face à une marginalisation involontaire ? Le père de William répond par la violence physique, battant son fils. La seule copine de Mike, qui se sent délaissée alors qu’il trouve son premier copain, décide de ne plus lui adresser la parole… On a vite fait de se replier sur soi, de faire payer aux autres le sentiment d’abandon, d’impuissance, qu’ils font naître en nous. D’autres n’ont pas le choix (la mère de William prisonnière de son mutisme, la jeune fille handicapée mentale du centre a qui visiblement personne ne vient rendre visite…). Puis, il y a ceux qui essaient de rêver encore, de conjurer le mauvais sort. Mike et William sont de ceux-là et espèrent, du moins un temps, être heureux malgré leurs tragédies familiales respectives.

Tour à tour solaire, joyeux, puis d’une infinie tristesse, Monster Pies ne manque pas d’émouvoir jusqu’à un final assez lacrymal. L’adolescence, surtout quand on est un outsider, peut être un chemin semé d’embûches. Certains s’en sortent, survivent, d’autres non. Ce récit d’un amour condamné parvient à toucher profondément malgré quelques petites maladresses ou lourdeurs. Le charme et la mélancolie du scénario ainsi que celui du jeune acteur Lucas Linehan, superbe interprète de William, donnent à l’ensemble une ampleur inattendue.

Film produit en 2013 et disponible sur la plateforme de Films LGBT Queerscreen

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)