FICTIONS LGBT

NO NIGHT IS TOO LONG de Tom Shankland : beauté fatale

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Tim Cornish (Lee Williams) est un jeune homme extrêmement séduisant et il en a conscience. Etudiant, il passe d’une fille à l’autre avec un certain plaisir narcissique. Le genre de mec qui demande qu’on le pépom à genoux et qui quand on lui dit « I love you » répond « I know ». O-K. Objet de désir permanent, le beau gosse va se retrouver à courtiser quelqu’un à son tour. Tim croit en effet vivre un coup de foudre alors qu’il croise le regard d’Ivo (Marc Warren), un prof paléontologue. L’homme le séduit, lui résiste. Ils finissent par entamer une passion charnelle. Mais alors qu’Ivo avoue à Tim qu’il est amoureux de lui, tout s’écroule dans la tête de ce dernier.

Comme s’il était soudainement trop acquis, Ivo perd son attrait et pire, devient une source d’agacement et de rejet. Les deux garçons avaient prévu de partir en croisière ensemble, Tim honore son engagement mais se force. Et alors qu’Ivo le laisse seul quelques jours, il se lie d’amitié avec une femme plus âgée, Isabel (Mikela J. Mikael). L’amitié se mue en un amour impossible (Isabel est mariée) et alors qu’ils se séparent et qu’Ivo revient,  Tim n’a plus qu’une envie : se séparer définitivement de son compagnon. Mais ce dernier n’est pas prêt de le laisser partir. Petit à petit, alors que l’amour se transforme en haine,  les choses tournent mal…

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Adaptation d’une nouvelle de Barbara Vine, No night is too long est sorti directement en dvd chez nous dans les années 2000. Il s’agit là d’un téléfilm rare,  qui est si bien fait qu’il aurait largement mérité une sortie en salles. Pendant presque deux heures, nous suivrons Tim, garçon particulièrement torride, naturellement érotique. Un garçon un peu prétentieux, trop sûr de lui, mais qui curieusement garde dans ses yeux une intrigante sensibilité. L’ambivalence qui fait fondre. Bisexuel, Tim ne s’interdit rien et malmène bien des cœurs. Alors qu’on pouvait penser que sa relation avec Ivo soit son premier véritable amour, on se rend compte que le drame du playboy est qu’il ne peut tout simplement pas accepter d’être aimé. Dès qu’on lui dit je t’aime, il a la nausée, devient impuissant, angoissé. Il n’y aurait pour lui uniquement de la beauté que dans l’inaccessible. Pas surprenant de le voir alors tomber amoureux d’une femme mariée qui le prévient qu’elle ne pourra pas s’engager…

Très bonne utilisation de la voix off, de la musique, dialogues subtils, ambiance hitchcockienne : la romance se transforme en affaire de crimes, de harcèlement, de vengeance, ainsi qu’une variation sur le trouble identitaire. Si la réalisation est un poil académique, elle parvient totalement à nous faire ressentir l’état presque claustrophobique de Tim. L’amour de l’autre l’emprisonne, une chambre comme un bateau en croisière sont autant de cages pour lui, l’égoïste et séducteur à tout prix. L’amour le temps d’une nuit est toujours appréciable, mais celui pour la vie tellement angoissant…Entre thriller et film d’errance, No night is too long a ce je ne sais quoi d’ensorcelant qui fait qu’on ne décroche jamais. Le charme diabolique de Lee Williams doit forcément y être pour quelque chose…

Film produit en 2002 et disponible sur la plateforme de Films LGBT Queerscreen

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)