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NOTRE PARADIS de Gaël Morel : amour inconditionnel, même en enfer

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Vassili (Stéphane Rideau) vend ses charmes. Un soir, il cède à ses pulsions criminelles et étrangle un de ses clients. Peu de temps après, au Bois de Boulogne, il croise le chemin d’un jeune homme qui vient de se faire violenter (Dimitri Durdaine). De lui, il ne sait rien, même pas son nom (ensemble ils lui en trouveront un nouveau : Angelo). Mais l’alchimie est là, dès le départ.

Angelo, comme son nom l’indique, est un petit miracle, un ange qui survient dans le quotidien glauque de Vassili qui depuis quelque temps encaisse mal son vieillissement, le fait que les clients ne souhaitent plus forcément payer pour passer du temps avec lui. Presque naturellement, Angelo va devenir son camarade de jeu, se joignant à lui pour des passes parfois sordides, dangereuses, où les pratiques SM sont fréquentes. Si ses motivations peuvent tout d’abord sembler floues, le jeune homme donne tout sans condition à son compagnon. Et compose avec le fait que Vassili pourrait bien être une sorte de serial-killer, de Barbe Bleue moderne.

Alors que les choses commencent à mal tourner, les deux amants quittent la capitale pour rendre visite à une vieille amie de Vassili, Anna (Béatrice Dalle). Ils iront ensuite, accompagné du fils de cette dernière, dans la belle maison isolée de Victor (Didier Flamand), un ancien client devenu ami et qui est désormais en couple avec un homme plus jeune (Malik Issolah). Vassili et Angelo, entre grand air et vaste piscine, loins du monde, semblent trouver là leur paradis. Pour combien de temps ?

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Gaël Morel est un réalisateur à part dans le cinéma d’auteur français. Chacun de ses projets à l’audace d’un premier film, témoigne d’un vrai désir de se renouveler, de proposer quelque chose, quitte à parfois se casser la figure. Notre paradis est sans doute son long-métrage le plus maladroit. Si par moments il est absolument bouleversant dans son rôle de gigolo sur le déclin, Stéphane Rideau doit composer avec des dialogues qui sonnent parfois un peu faux, paraissent trop mielleux, et on a la sensation que toutes les occasions sont bonnes pour le cinéaste de filmer une scène d’intimité avec de beaux acteurs dénudés…

Pourtant, comme à chaque fois chez ce cinéaste, il y a un ton, une liberté qu’on ne trouve pas ailleurs, ou si peu. Et les maladresses sont le résultat d’une fragilité qui peut très souvent surprendre et amener des émotions fortes. Entre romantisme pop et sujet rock, Gaël Morel filme de façon joliment stylisée et frontale un amour inconditionnel.Nous sommes là devant une œuvre très personnelle qui évoque notamment le temps qui passe, la déchéance des icônes. Hier si jeune, si convoité de tous, Vassili se retrouve comme de la viande avariée, presque rejeté de tous. Jadis reine de la nuit, Anna fait quelques animations de magie dans un bar lambda et tente de se convaincre que son petit garçon est une raison suffisante pour avoir tourné le dos à la ville, la fête et Vassili dont elle espérait visiblement trop.

Que ce soit par leur sexualité ou leur tempérament, les personnages, plus ou moins malgré eux marginaux, vulnérables, tentent de trouver leur paradis. Une quête sensible au coeur d’un film qui trébuche autant qu’il pose une empreinte assurément singulière. A tenter.

Film sorti en 2011 et disponible en DVD 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)