JUSQU'À TOI

Nuit de chasse, nuit de tendresse

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Bon clairement mon année a commencé de façon légèrement désastreuse sentimentalement. Une Saint-Valentin cata, des dates Tinder pourris… Le problème quand tu recherches quelque chose de sérieux, c’est justement que tu es dans la recherche. Plus on cherche, moins on trouve. Plus on s’obstine, plus on devient à moitié psychotique et on fait fuir les gens. Il faut savoir faire preuve de légèreté et s’autoriser des respirations. Oui, j’ai décidé de délaisser les plans cette année mais je n’entends pas faire une croix dessus pour autant. Car mine de rien, rester sexuellement actif, faire des rencontres en forme de parenthèse s sexuelles, ça permet d’évacuer la pression, se changer les idées, de séduire, de se sentir désiré. Quand ça devient compulsif c’est un problème mais à petite dose les plans peuvent avoir du bon, faire du bien à l’égo et permettre de voir les bons côtés du célibat.

Un jeudi soir. Je vais rencontrer S. On discute via une appli depuis quelques semaines. Il est actif et cherche un pote pour faire des trios avec des passifs en mode domi-soumis. Il n’est pas parisien mais vient régulièrement dans la capitale.  Le côté camaraderie sexuelle est excitant, on prévoit bien la chose : il arrivera chez moi à 21h, on prendra l’apéro tranquille, on fera connaissance, on parlera de ce qui nous fait kiffer et puis on chassera ensemble de jolis passifs pour en inviter un à nous rejoindre. Ça s’annonce torride et surprenant, il a l’air très cool, il est charmant, il se dit dominant et respectueux à la fois.

Je prépare la soirée comme il se doit : je vais faire les courses pour avoir des petits trucs à manger, j’achète une bonne bouteille de vin, j’allume les bougies à la vanille. Il est 21h et je suis tout excité. 21h10 : S n’est pas encore là. J’envoie un message « Ça va, tu es bien en route ? ». Il ne répond pas. Je me dis qu’il doit être dans le métro et qu’il ne capte pas. Je fume une clope, termine ma petite playlist electro-pop sexy pour la soirée. 21h30. Je commence à me dire « Oh merde, il ne va pas quand même pas me poser un lapin ? ». Je ne veux pas faire le mec relou donc j’attends 21h45 pour envoyer un second message : « Tout va bien ? Tu viens toujours ? ». Pas de réponse. Il est 22h15 et j’ai comme l’impression que cette soirée est foutue. Je ne comprends pas trop, il avait l’air enthousiaste et réglo. Je décide de me lancer un épisode de série, un peu dégoûté car je m’attendais à passer une soirée hot d’un nouveau genre.

23h. Un message de S arrive. « Ohlala mec je suis désolé je m’étais endormi !». Arf. Je ne m’énerve pas mais je lui dis que je suis un peu déçu car ça m’a quand même gâché ma soirée. « Tu veux que je passe quand même ? C’est peut-être trop tard non ? ». Je me tâte. C’est pas très raisonnable, ça va être plus compliqué de trouver des gens, c’est un coup à ce que je me retrouve défoncé au travail le lendemain. Mais après tout on est jeudi, je n’aurai qu’un vendredi à tenir au boulot, si je suis crevé ça passera pour 24h. Je suis mon impulsion : « Ok si t’as la motivation pour venir maintenant, viens ».

23h40. S débarque chez moi. Dès qu’il entre, je remarque qu’il est aussi sexy que sur ses photos. Il est bisexuel, viril, petite barbe, voix grave, grand, habillé d’une petite chemise élégante. Il voit l’apéritif en place et il s’excuse plusieurs fois de s’être endormi, promet que ça n’est vraiment pas dans ses habitudes d’être en retard ou de faire faux bond. Il est fumeur occasionnel. On fume des clopes, on boit du vin, on se découvre. Je le trouve vraiment cool. Au bout de trente minutes à se présenter, parler boulot, musique et autres, on aborde le point de la sexualité. Il se dit « naturellement dominant », il n’est que actif, open à de nouveaux trips, n’aime pas ce qui est crade, aime la domination verbale, les trios, les préliminaires, la sodo, le poppers, les jeux de rôles. Il n’est pas spécialement bavard, presque un peu réservé mais il a le regard malicieux et coquin. Il lance : « On commence à chercher un mec ? ».

Il est minuit trente et on a tous les deux conscience que ça ne va pas être facile. Plus de dernier métro, il va falloir trouver des mecs à proximité, qui ont une voiture ou qui sont prêts à prendre un taxi. On fait défiler les profils sur Grindr et sur un site en ligne en simultané. Sur Grindr, on s’accorde pour dire que pour gagner du temps il faut mettre un profil avec un titre cash. On opte pour un simple et efficace « 2 Domis Now ». On s’envoie nos photos respectives pour qu’on puisse envoyer des photos de nous deux à nos interlocuteurs.

Rapidement, les messages abondent. Ça sera peut-être pas aussi galère que ce que l’on imaginait. Les mecs sont chauds. On reçoit des photos de gars qui envoient leur boule direct, qui se présentent comme des « grosses lopes », un type nous envoie des photos de lui en dessous féminins… « Ah ça j’aime pas trop, j’ai rien contre les mecs un peu efféminés mais les dessous féminins c’est non ». En passant les profils, on découvre un peu nos goûts. On s’accorde pour dire qu’on préfèrerait un mec un peu plus jeune (plus facile pour asseoir sa domination), S semble préférer les mecs bien foutus et moi je lui explique que je me sens plus détendu avec des mecs pas trop « fit » mais avec une belle gueule et du charme.

On reçoit beaucoup de propositions de mecs qui veulent un « plan jus », faire du bareback. Je prends la Prep mais j’évite vraiment les trucs sans capote. Je la prends surtout car je suis un gros hypocondriaque et qu’à chaque fois que je faisais une prise de sang même si je n’avais pas pris de risques je me retrouvais à me persuader que j’allais avoir le VIH à cause des préliminaires. Maintenant je me sens plus serein quand je fais mon test trimestriel. S ne veut pas faire de bareback non plus et a la même phobie des infections que moi. Au gré des dialogues en ligne, on se découvre un peu plus. Il me raconte qu’il a commencé à coucher avec des mecs il y a seulement 6 mois, qu’il est vraiment en pleine découverte. Il ne se sent pas d’être en couple avec un garçon mais sexuellement ça l’intéresse.

Mine de rien, ça fait 45 minutes qu’on est en ligne et on ne reçoit que des messages de lopes peut-être trop extrêmes pour nous dans leurs trips (bareback, uro, violence…). Nous on a envie d’un petit mec gentil, « pas trop cul » mais soumis. On nous demande beaucoup des « pics x ». J’explique à S que moi je n’ai pas de photos à poil sur mon tél, que j’en ai pris très rarement et que ça me fait flipper d’envoyer des photos comme ça ou d’en stocker sur un appareil. « Si toi tu en as pas, moi j’en ai une et je pense que ça peut nous aider. Attends je te l’envoie… ». Il m’envoie une photo de sa teub et euh… c’est une arme de destruction massive son machin. Effectivement, cela fait son effet et les garçons en ligne sont surexcités.

Ça parle, beaucoup, mais à chaque fois qu’on en vient à une invitation les mecs se défilent. « Non désolé, là il est trop tard : demain ? », « Possible plus tard ? », « Je suis dans mon lit », « Je tombe de sommeil ». Et on nous demande plus de photos x, encore et encore. S repart hors de Paris le lendemain donc c’est ce soir ou jamais. Je lance : « Ça va être compliqué de trouver je pense, ils sont tous en train de se coucher ou fantasment là ! ». S se veut rassurant : « T’inquiètes pas, moi je suis pas pressé, on prend le temps, on va bien trouver ».

2h45. On commence un peu à se lasser. Toujours les mêmes questions, toujours les mêmes conclusions : les mecs se disent chauds, veulent avoir un maximum de détails sur ce qu’on kiffe, ce qu’on leur ferait, des photos à la chaîne et puis : « Oh je suis crevé désolé ». Un peu flemmards, on finit par faire des copier-coller de nos réponses de dials précédents. On s’amuse quand même, notamment en observant nos façons de parler crument à nos interlocuteurs respectifs. On force le trait, on se fait pornographique. S trouve que j’ai une façon excitante d’écrire mes messages. Je lui explique qu’étant versatile et ayant testé les trips domi-soumis dans les deux sens j’utilise ce qui moi aurait pu m’exciter dans une position de passif pour bien chauffer les autres. « Ouais, tu sais bien ce que les passifs kiffent, plus que moi peut-être : c’est cool ! ».

3h15. Aux demandes de plans bareback commencent à laisser place des demandes de « plans perchés ». On a de plus en plus de mecs défoncés qui nous parlent, qui nous demandent si on a « de quoi taper », « des produits »… Quand on répond qu’on ne prend que du poppers, on sent la déception. On n’a pas spécialement envie d’avoir un mec drogué qui débarque. On commence à baisser nos critères. Au début de notre chasse commune, on faisait les fines bouches. Là, on a envie d’action et on est plus flexibles. L’âge n’est plus si important, plus besoin d’avoir une gueule d’amour, bon si le mec est un peu vulgaire pourquoi pas au final… On rigole en constatant cette braderie en temps réel. Il y a un mec qui commence à nous mitrailler de messages. Il est hyper motivé, dispo, peut être là dans 15 minutes. Ni S ni moi ne le trouvons très attirant. On hésite. Je partage avec S mon incertitude : « Si on dit non, on risque de finir la soirée bredouille là, mais en même temps je suis pas sûr qu’il m’excite vraiment ». Il pense pareil et conclut : « Non, on le sent pas, on laisse tomber ». Il ne veut pas qu’on arrête de chercher pour autant mais me demande quand même « Ça va, tu es pas trop fatigué, tu tiens encore, on continue ? ». J’avoue que je commence à être mort mais j’aime bien sa compagnie. Même si c’est un peu la lose, je passe un bon moment. On poursuit.

4h. On est affalés dans le canapé et les messages s’amenuisent. Le téléphone de S est tombé en rade : plus de batterie. On est sur mon tél, quand je reçois des messages, il les fait défiler en mettant son doigt sur le mien. Je suis un peu défaitiste sur l’issue de cette nuit : « Je suis désolé mais là je pense qu’on va pas trouver non ? ». S sourit : « Mais t’excuses pas, c’est de ma faute, j’aurais dû être là plus tôt ! On essaie encore 30 minutes ? Et puis si ça donne rien on se refait une soirée comme ça plus tôt quand je repasse par Paris. En tout cas j’ai passé une bonne soirée, t’es un mec sympa ». Les dialogues sans suite se poursuivent, maintenant on tombe sur des mecs qui se lèvent tôt et nous proposent de venir dans une heure. J’ai plus trop de patience. S, collé à moi, lance comme ça l’air de rien : « Au pire, on abandonne et on se branle tous les deux ? ». Je sais pas quoi répondre. J’évite un peu la réponse. Depuis qu’il est arrivé, il me plait bien. J’ai joué mon mec domi car c’était le plan de la soirée mais ça n’est pas un hasard si j’ai fini par glisser que j’étais versatile dans nos conversations. Oui, j’ai envie de sexe avec lui. J’avoue que je n’ai plus du tout envie que quelqu’un nous rejoigne à ce stade mais je me demande en même temps comment tout ça va se terminer. Est-ce que je lui plais ? Est-ce qu’il propose de se branler entre potos par pur dépit ? Est-ce que ça va être plus que ça ? Qui plus est, je ne me suis pas « juste » branlé avec un mec depuis belle lurette. Ça fait très « délire adolescent avec ton meilleur pote hétéro ». Et au fond ça me chauffe. 

4h40. On abandonne. Téléphone coupé, basta ! Timidement, un peu embarrassé, je laisse s’échapper un  : « Bon ben voilà… ». S est gêné lui aussi. Il se lève mais ne remet pas son manteau. « Bon… on se branle ? ». Je ris nerveusement et puis je réponds : « Oui, pourquoi pas : c’est drôle, ça fait longtemps que j’ai pas fait ça avec quelqu’un ! ». Je sais pas trop comment me poser, comment faire, je me sens bête. J’enlève mon pantalon, je me mets sur le canapé. S est encore debout et me tend la main pour me relever. Il m’attrappe et m’embrasse. Une pelle, chaude et sensuelle. Il embrasse très bien. Il se frotte. On se frotte. On enlève le bas. Je ne cache pas ma stupéfaction par son entrejambe, je me sens gêné car j’ai pas de sérieux arguments comme lui. « C’est très bien » lance-t-il avant de m’embrasser encore et encore. On se saisit l’un l’autre par l’entrejambe en continuant de s’embrasser. Je suis surexcité : personne ne m’a jamais aussi bien tripoté ! Il est hyper excitant. Dans ma tête, je me répète en boucle « Ohlala ,oh putain, il est trop sexy. Ohlala c’est trop bon ! ».

Je ne sais plus quelle heure il est, je suis chaud comme une baraque à frites. Je suis porté par ses élans sensuels et je me lâche : « Je crois que j’ai envie de plus ». Il affiche un grand sourire et commente : « Cool ». On s’embarque dans des préliminaires passionnés. Je me mets à plaindre mes voisins car il me fait tellement kiffer que je ne peux pas retenir des râles de plaisir. C’est le meilleur sexe possible : celui où c’est sensuel, joueur, où on se laisse aller, où on sent la jouissance avec le sourire. Ça n’est pas du sale, c’est un échange, il est hyper attentif à mon plaisir, est très démonstratif, expressif. On n’ira pas jusqu’à la pénétration mais l’orgasme sera fort au point de me faire trembler. Wow ! On rigole et je balance : « C’était pas du tout ce qui était prévu mais… » et il complète « Mais c’était bon ». Tu m’étonnes !

Je prends deux serviettes, on s’essuie l’un l’autre. On fume une clope. Il se rhabille et me dit « Je te tiens au courant quand je repasse qu’on se refasse une soirée ? ». Il m’embrasse et s’en va. Il est 6h30.

Douche express, je ne dors qu’une heure trente avant de me préparer pour aller au boulot. Je ne sais pas comment je fais pour tenir toute la journée mais je tiens bon et je ne me sens étrangement pas fatigué. J’ai le smile, cette nuit m’a fait du bien. S m’envoie un message pour me dire qu’il a kiffé et qu’il me dira quand il revient à Paris. Il n’y aura pas de sérieux avec ce garçon. Ce n’est pas ce qu’il cherche et on ne vit pas dans la même ville. Mais ce genre de parenthèse sexuelle sensuelle et douce sont précieuses. Elles rappellent comme le sexe incarné et tendre est bon, comme cela fait du bien une sexualité complice. Je me dis que j’ai hâte d’avoir un copain avec qui partager ça tous les jours et quelque part que ce genre de connexion physique comme j’en ai eu avec S existe : ça me rassure. Il y a bien quelqu’un avec qui je pourrais vivre ça au-delà d’une parenthèse. En l’état, sans en attendre rien de plus, ce moment hors du temps m’amène à me sentir léger et heureux.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)