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PENTE DOUCE de Jan Krüger : le couple, ce jeu étrange

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Johann (Sebastian Schlecht) et Robin (Eric Golub) sont ensemble depuis deux mois. Ils décident de s’offrir une petite virée en forêt. Leur couple , récent mais déjà fragile, est basé sur des jeux, des affrontements, des rituels. Ils aiment ainsi par exemple s’adonner à une partie de cache-cache où celui qui attrape l’autre le capture et en fait ce qu’il veut (notamment sexuellement). Leur relation trouble est mise à rude épreuve alors qu’ils se font voler leurs vélos et se retrouvent perdus au beau milieu de la nature. Ils se réfugient chez une mère célibataire , Grit (Iris Minch) dont le fils Henri (Rainer Winkelvoss) est en  pleine adolescence. La petite famille accueille les deux jeunes hommes sans contre-partie, sans doute un peu ravie de voir de nouvelles têtes, d’avoir un peu d’animation dans leur coin paumé. Mais les choses se compliquent entre Johann et Robin. Alors que ce dernier semble tenté aussi bien par Grit que par son fils, Johann se replie sur lui-même et développe une fascination pour une légende des alentours : l’histoire d’un jeune garçon qui un jour quitta sa famille pour devenir un « homme sauvage », ne vivant plus que parmi les animaux dans la nature…

pente douce jan krüger

Pente douce est un film tout à fait étrange. Le type d’œuvre d’auteur, abstraite, qui laisse beaucoup de place au spectateur pour se perdre et trouver ses propres interprétations. Comme tout « film à colorier », cette production indépendante se destine alors à un public averti, friand d’objets singuliers, de lenteur contemplative et de mystères qui restent souvent entiers. Etant pour ma part le premier à me perdre avec plaisir face à ce type de projet, je dois avouer que j’y ai bien trouvé mon compte.

Jan Krüger ne met pas en scène un couple solide : Johann et Robin ne sont ensemble que depuis deux mois. C’est peu mais c’est en général à ce moment-là qu’on commence à savoir si on va faire un bout de chemin avec une personne ou pas. D’apparence physique plutôt banale, les garçons sont nettement moins ordinaires du côté de leur personnalité, se livrant à des jeux relevant aussi bien de l’enfance qu’à la frontière du sado-masochisme. Ils sont comme deux êtres perdus qui se sont trouvés, qui sont seuls à pouvoir se livrer à des jeux que certains pourraient qualifier d’immatures ou de tordus. Mais ils ne peuvent vraiment anticiper la réaction de l’autre, ils avancent dans cette histoire sans filet.

Le film s’ouvre sur une fable avec un lièvre et un renard. Le lièvre veut traîner avec le renard mais ce dernier a ses conditions. Les deux animaux vont jouer ensemble quitte à se perdre. Johann s’identifie totalement à cette histoire et se place plus ou moins consciemment dans le rôle de la victime. En cours de route, on expose également la légende du garçon qui a fui la civilisation pour vivre dans la forêt. Pente douce est donc avant tout le récit d’un jeune homme qui se confronte à sa propre animalité, aux différentes facettes de sa nature humaine. Portrait du couple comme un jeu cruel, sauvage, fait de désir autant que d’adversité et de jalousie, ce long-métrage filme l’amour aussi bien comme quelque chose de ludique que comme un poison. Le tout est enveloppé d’une jolie bande-originale signée Tarwater. Déstabilisant et intriguant.

Film produit en 2009 

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3