FICTIONS LGBT

PERDRE LA TÊTE de Stefan Westerwelle & Patrick Schuckmann : thriller gay à Berlin

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Luis (Fernando Tielve), garçon espagnol d’une vingtaine d’années, débarque à Berlin pour se changer les idées le temps d’un week end. En pleine pause avec son petit ami, il a soif de fêtes et de rencontres, a besoin de s’oublier. Pour sa première sortie, il tente avec succès d’entrer au Berghain, l’un des clubs les plus branchés de la capitale. Il sympathise avec une belle étrangère, ils prennent une drogue inconnue, passent la nuit à danser et comatent le lendemain dans un appartement. Alors qu’il poursuit les festivités en plein jour, Luis croise le regard d’un homme plus âgé qu’il avait déjà remarqué au Berghain : Viktor (Marko Mandic).

Enigmatique, sauvage et entreprenant, ce dernier joue avec lui au chaud et au froid. Le jeune espagnol pense tomber amoureux. Les choses basculent quand deux grecs, Elena et Kostas, l’accostent dans la rue. Ils sont à la recherche du frère d’Elena, Dimitri (Jan Amazigh Sid), mystérieusement disparu à Berlin il y a quelques temps. Luis et Dimitri se ressemblent et le T-shirt que Luis porte, et que lui avait prêté Viktor, est le même que portait le disparu.  Alors qu’Elena et Kostas lui montrent une photo sur laquelle Dimitri est avec Viktor, le party boy s’inquiète. Viktor serait-il dangereux ? Alors qu’il décide malgré tout de le revoir, Luis est tiraillé entre peur et excitation, amour et danger…

perdre la tête film gay

Deuxième long-métrage de fiction de Stefan Westerwelle après le troublant Tant que tu es là, co-réalisé avec Patrick Schuckmann (qui signe aussi le scénario), Perdre la tête (Lose your head en VO) s’intéresse aux jeunes clubbers européens, de plus en plus nombreux à s’envoler vers Berlin pour des séjours débridés entre sexe, musique électro et drogues. Une façon de s’amuser et pour certains de s’oublier. Luis, le personnage principal, s’offre quelques jours dans la capitale allemande pour prendre l’air, pour fuir un petit ami avec lequel les rapports sont devenus tendus.

Plaisir de débarquer seul dans une ville inconnue laissant le champ libre à l’imprévu, aux rencontres, à l’inconnu. Le film montre un Berlin underground, sauvage, en friche, où tout semble possible, pour le meilleur comme pour le pire. Luis sympathise avec un petit groupe de jeunes branchés, prend de la drogue avec eux avant de faire le lendemain une crise de panique alors qu’il se retrouve enfermé dans un appartement. Puis il rencontre le mystérieux et entreprenant Viktor qui l’excite en même temps qu’il éveille chez lui des sentiments qu’il n’avait pas prévu. En parallèle aux déambulations du jeune fêtard, nous suivons deux grecs à la recherche de leur frère porté disparu : Dimitri. Les destins de ce dernier et de Luis vont se rejoindre.

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Après une introduction plutôt légère, Perdre la tête se mue dans sa deuxième partie en thriller anxiogène et parano. Comprenant que Dimitri a disparu après sa rencontre avec Viktor, Luis s’interroge. Peut-il vraiment faire confiance à son amant ? La tension se fait permanente et le spectateur se laisse égarer dans une intrigue maîtrisant l’art de la manipulation. On ne sait plus sur quel pied danser, à qui se fier. Comme le titre du film l’indique, nous sommes devant le portrait d’un jeune homme qui va peu à peu perdre ses esprits. La drogue permet de libérer les corps, de s’évader, mais n’est pas sans provoquer des effets pour le moins indésirables. Luis va arriver à un point où il aura du mal à discerner le vrai du faux, savoir faire la part des choses, discerner ce qui est « safe » de ce qui est potentiellement très dangereux, tordu. Peut-être encore plus vénéneux que les drogues qu’il ingurgite au fil du week end, son amour grandissant pour l’inquiétant Viktor le conduit à agir de façon complètement déraisonnée.

Véritable trip, ce long-métrage a des allures de labyrinthe, tour à tour amusant, sensuel, sensoriel ou terrifiant. Aux côtés du personnage principal, on se perd nous aussi, avec l’impression d’être aspiré par une force obscure, pris dans une spirale infernale. Si le scénario est en partie inspiré d’un fait divers (un jeune portugais avait disparu après un week end de fête et avait été retrouvé mort quelques temps plus tard), le réalisateur laisse le spectateur face à ses propres fantasmes et peurs jusqu’à un final pour le moins glacant. On en ressort retourné. Petite claque.

Film sorti en DVD chez Optimale en 2014 et disponible sur la plateforme de Films LGBT Queerscreen

 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)