FICTIONS LGBT

PERMANENT RESIDENCE de Scud : entre l’amitié et l’amour

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Chine. Ivan (Sean Li) connaît une enfance difficile, avec des parents négligents mais une grand-mère attentionnée. Courageux, guidé par l’envie d’en découdre, le garçon va passer ses années de jeunesse à travailler comme un forcené pour sortir de sa condition de pauvre, s’offrir une vraie situation. Et il finit par y arriver, s’achetant au passage un luxueux appartement, dans lequel il se plaît à se balader à poil (Ivan est particulièrement fier de son corps qu’il entretient en faisant beaucoup de sport et de musculation). Lors d’une interview à la télévision, l’ancien pauvre devenu un professionnel reconnu, féru de technologies, est plus ou moins attaqué par un rival, Josh (Jackie Chow) qui lui demande explicitement s’il est gay. Ivan reste bouche bée. Il ne s’était pas vraiment posé la question, le travail ayant pris toute la place. Sa vie intime était au niveau zéro. Ivan et Josh se retrouveront plus tard dans un bar et ce dernier l’initiera aux plaisirs entre hommes. Mais Josh vit à l’étranger et ne fait pas plus battre que ça le cœur d’Ivan. Ils sont avant tout des amis qui se font plaisir. Le cœur d’Ivan bat pour Windson (Osman Hung), un joli garçon qu’il a rencontré au sport mais qui est hétérosexuel. Ils partagent une amitié intense, fusionnelle. Si Windson se laisse parfois embrasser, il refuse tout rapport sexuel, provoquant le malaise, générant chez Ivan une frustration grandissante. Une relation belle et douloureuse, compliquée. Ivan et Windson forment à l’évidence un couple bien rodé. Ils se comprennent, s’aiment. Mais Windson ne cèdera jamais à l’appel de la chair. Le temps passe, l’amitié passionnelle / romance platonique connaît des hauts et des bas, la mort rode…

permanent residence scud

Le réalisateur Scud nous raconte avec Permanent Residence une histoire d’amour / amitié contrariée que l’on devine très personnelle. Contrairement à son film Amphétamine qui avait tendance à trop céder au kitsch et à la surenchère, ce long-métrage est plus aéré, langoureux, poétique. Et sensuel en diable. La nudité est toujours très présente chez Scud et toutes les occasions sont bonnes pour mettre à poil ses personnages. Ivan aime son corps et s’exhibe en permanence, son ami Windson n’est pas du genre pudique non plus, se baignant avec son pote si particulier dans le plus simple appareil , partageant avec lui sa douche, se laissant même photographier dénudé au réveil. Evidemment l’exhibition des corps est loin d’être totalement justifiée mais on ne boudera pas son plaisir (les amateurs de jolis garçons asiatiques seront servis). Le nu omniprésent renforce d’ailleurs le sentiment de frustration qui ronge de plus en plus le personnage d’Ivan.

C’est une histoire que bien des gays ont connu : tomber amoureux d’un hétéro avec qui l’on partage une relation fusionnelle. Mis à part le sexe tout y est.  Les passages entre Ivan et Windson sont vraiment réussis, romantiques à souhait. Les deux garçons y mettent tous les deux du leur pour que leur lien ne se brise pas : ils ne peuvent dans le fond pas vivre l’un sans l’autre. Ivan accepte même si cela lui fait mal que Windson ait une petite amie, ce dernier laisse de temps en temps son ami le caresser voire l’autorise à se masturber derrière lui dans la douche. Ils ne peuvent pas être complètement ensemble mais ils ne trouveront jamais ailleurs un lien aussi fort que celui qui les unit.

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Truffé de plans somptueux, de passages hors du temps, Permanent Residence avait tous les ingrédients d’un grand film. Malheureusement, Scud ne peut s’empêcher d’alourdir le récit avec des artifices souvent trop encombrants (ralentis à la Wong Kar Waï qui ne sont là que pour faire joli / le côté gadget avec les dates et les évènements historiques qui régissent le monde ainsi que des spéculations sur l’avenir – au mieux on trouvera ça naïf, au pire pompeux et irritant). Le récit  a tendance à déborder, à vouloir parler de trop de choses. Comme si le fait de raconter la vie entière d’un personnage (celui d’Ivan) n’était pas assez dense.

Tour à tour maîtrisé, sensible, émouvant puis maladroit et fouillis , Permanent Residence ne convainc pas totalement. Mais sa romance intense et complexe et ses personnages principaux très attachants finissent par emporter la mise, par laisser une empreinte. Un film inégal mais quoi touche la corde sensible.

Film produit en 2008 et disponible sur la plate-forme de Films LGBT Queerscreen 

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)