CINEMA

PHANTOM OF THE PARADISE de Brian De Palma : l’enfer de la musique

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Winslow Leach (William Finley) est un compositeur de génie doté d’un physique ingrat. Sa musique est toutefois repérée par Swan (Paul Williams), le producteur le plus influent des Etats-Unis qui n’en finit plus de révéler des stars sur son label Death Records. Swan envoie l’un de ses hommes de main annoncer à Winslow qu’il est intéressé par sa musique. N’en croyant pas ses oreilles, l’artiste lui livre quelques-uns de ses plus beaux morceaux. Mais le temps passe et personne ne le rappelle. Jeté de chez Death Records alors qu’il venait prendre des nouvelles, Winslow prend son courage à deux mains et débarque dans l’antre de Swan pour demander des explications. Il découvre que des auditions sont organisées pour trouver les choeurs de ses morceaux. L’une des jeunes chanteuses, belle, innocente et passionnée, Phoenix (Jessica Harper), attire instantanément son regard et sa sympathie. Mais ce bref coup de foudre, qu’on devine à sens unique, laisse place à une grande déception : non seulement Swan ne compte pas faire de Winslow l’une de ses stars mais il va tout orchestrer pour lui voler son œuvre.

Grâce à son puissant réseau, il obtient de mettre l’artiste trop téméraire à ses yeux en prison. Mais ce dernier s’en échappe et tente de prendre sa revanche. Hélas, c’est un terrible revers : l’opération est un échec et Winslow finit défiguré et incapable de chanter à nouveau. Ayant tout perdu, il n’est alors plus guidé que par la vengeance. Il débarque au Paradise, à la fois temple et nouveau club du producteur, vole des déguisements et devient « le Phantom », entendant bien terroriser un monde du show biz qui a ruiné tous ses rêves. Pervers et manipulateur, Swan parvient pourtant une nouvelle fois à avoir le dernier mot : il propose au Phantom de travailler pour lui, de lui donner la cantate autour de Faust qu’il a imaginé et de l’offrir à Phoenix dont il fera sa nouvelle étoile. Résigné et amoureux, le compositeur accepte mais va peu à peu comprendre que dans une industrie du disque cynique et définitivement pourrie de l’intérieur, il y a peu de place pour les belles histoires…

C’est un film surprenant et hybride que propose Brian De Palma avec Phantom of the Paradise. Un univers faisant à la fois penser aux contes, avec un cachet très 70’s, tout en mêlant comédie musicale, drame et un zeste d’horreur. Les références sont nombreuses (parmi les plus évidentes : Le fantôme de l’opéra, le mythe de Faust, Le portrait de Dorian Gray, un clin d’oeil tordant au Psychose d’Hitchcock), le ton entre parodie et tragédie. C’est à la fois décalé et poétique, acide et innocent, partant d’une success story avortée pour nous emmener dans un récit désabusé et lorgnant vers le fantastique. Les passages chantés qui jalonnent le métrage font souvent penser à des morceaux d’artistes connus comme Janis Joplin pour Phoenix ou aux Beach Boys pour les Juicy Fruits et certains numéros rappellent l’esthétique du Rocky Horror Picture Show.

Le problème du film tient probablement dans ses références et clins d’oeil un peu trop encombrants. Ainsi, s’il ne cesse d’intriguer, porté par une certaine folie, il se perd un peu en s’engouffrant trop volontiers dans une variation du mythe de Faust, un poil trop excentrique, excessive. Il n’empêche que l’on ne s’ennuie pas une seconde grâce à une mise en scène d’un puissant romantisme, ingénieuse et à une trame majoritairement imprévisible. La relation impossible entre le Phantom et sa belle Phoenix est à la fois triste et poignante, la façon que De Palma a de railler une industrie du disque complètement vaine, abusant les talents et ne pensant qu’à vendre du toc à une masse décérébrée est pour le moins jouissive.

Le portrait des composants de cette machine à rêves et divertissement que dresse le film n’est pas des plus reluisants. Si chacun essaie de faire de la musique un métier par amour ou par passion, cela finit toujours mal. Swan apparaît comme une créature sordide, un pervers sexuel profitant de son pouvoir pour satisfaire son égo et ses envies, la douce Phoenix a à peine effleuré le succès qu’elle se transforme en petite poupée gâtée, superficielle et hautement cocaïnée, Winslow en croyant poursuivre son rêve deviendra un monstre malgré lui… La recherche de succès, de popularité, de jeunesse, la vanité, apparaissent comme des pièges changeant l’existence en malédiction.

Oeuvre malade et un peu dispersée, ballet dingo qui en met plein les yeux, conte intemporel puissant et hystéro : sans convaincre totalement, Phantom of the Paradise marque durablement et n’a rien perdu de son audace au fil des années. Culte toujours…

Film sorti en 1975. Disponible en DVD et VOD

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3