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SALTBURN de Emerald Fennell : troubles chez les aristos 

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Deuxième long-métrage de la réalisatrice Emerald Fennell après l’excellent Promising Young Woman, Saltburn a été instantanément un succès sur sa plateforme de diffusion, Prime Video. Un thriller ambigu, ponctué de scènes homo érotiques entre Barry Keoghan et Jacob Elordi. 

Début des années 2000 : Oliver (Barry Keoghan), boursier et qui se présente comme venant d’une famille pauvre et à problèmes, entre à la prestigieuse université d’Oxford. Il est tout de suite attiré par Felix (Jacob Elordi), le garçon le plus populaire du campus et celui qui fait tourner la tête de toutes les filles. Sportif, élégant, d’une beauté plastique indéniable, Felix appartient qui plus est à une grande famille aristocratique. Il ne traine qu’avec ses semblables et apparait inapprochable. Oliver l’observe avec envie… et en attendant traine avec l’un des plus grands losers du campus. 

Mais voilà qu’un jour Oliver tombe sur Felix qui a une panne de vélo. Il vole instantanément à son secours et s’attire sa sympathie. Les jours qui suivent, Felix l’intègre dans son groupe d’amis et se lie avec lui. En quelques semaines seulement, ils deviennent très proches, ce qui n’est pas forcément du goût des camarades de Felix ou de son cousin Farleigh (Archie Madekwe) qui préfèrent l’entresoi. Alors qu’il se permet un peu trop d’être lui-même, Oliver redoute à un moment que Felix se désintéresse de lui. Ce qui commence à arriver… Mais voilà qu’Oliver perd son père dans des circonstances tragiques et s’attire la pitié de Felix qui ne peut se détacher de lui. 

Alors qu’ils célèbrent la fin de leurs examens et que l’été pointe le bout de son nez, Felix invite Oliver à passer l’été dans son énorme demeure aux allures de chateau, Saltburn. L’occasion de se changer les idées. Oliver accepte l’invitation et pénètre ainsi dans un nouveau monde, bourgeois et codé. Jour après jour, il découvre les habitudes et la toxicité de l’entourage de Felix. Le quotidien plein de faste et de petits rituels se mêle à de nombreux faux semblants. Les parents de Felix, Sir James Catton (Richard E. Grant) et Elspeth (Rosamund Pike), semblent s’amuser des gens qu’ils invitent chez eux, qu’ils choient avant de les congédier une fois qu’ils estiment en avoir fait le tour. Oliver a conscience (et est mis en garde) qu’il ne pourrait être qu’un petit jouet, une distraction pour Felix. Au fil des jours, les masques vont tomber, ne manquant pas de générer quelques troublantes surprises… 

saltburn film

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Promising Young Woman était un long-métrage très prometteur. Pop, jouissif, revanchard, il dévoilait un véritable talent de cinéaste. L’autrice Emerald Fennell passe ici à la vitesse supérieure, imposant une mise en scène fastueuse et affirmée, à la photographie sublime. La première partie qui raconte la naissance de l’obsession d’Oliver pour Felix est très réussie et attachante, et on épouse le point de vue d’Oliver l’outsider alors qu’il entre à Saltburn (décor très cinématographique et personnage à part entière de l’intrigue). 

Dès les premières scènes on ressent une atmosphère thriller, on se doute que quelque chose va probablement déraper. Dur de dire quoi exactement, même si Oliver semble tout désigné pour être une proie de premier choix. Alors que l’intrigue se déroule, le jeu dominant-dominé établi va se révéler plus ambigu et retors que prévu. 

saltburn film

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Définitivement divertissant, incarné à la perfection (tous les personnages, seconds rôles compris, ont de l’épaisseur et génèrent un véritable trouble, expriment une captivante dualité), Saltburn est truffé de plans et de scènes qui pourront faire date (à l’instar d’une scène finale hautement pop et iconique ou d’une autre scène dans une baignoire qui a déjà fait couler beaucoup d’encre). Mais s’il hisse sa réalisatrice à un plus haut niveau et permet d’apprécier l’ampleur de ses talents de mise en scène, l’ensemble se prend pourtant bien les pieds dans le tapis dans sa dernière partie, quitte à gâcher un peu le plaisir (qui devient alors un poil coupable). 

A trop vouloir créer des scènes iconiques et à vouloir s’amuser à choquer le spectateur, le film tombe parfois dans une certaine surenchère et dans la provocation gratuite. Et le scénario déçoit lors de l’acte final, accumulant les retournements de situation tirés par les cheveux (bien que certes assez jouissifs et permettant de donner lieu à des séquences d’une belle intensité). 

saltburn film

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Ce que le long-métrage perd en crédibilité et en rigueur scénaristique, il le rattrape par sa capacité à toujours accrocher l’oeil et à générer des moments de cinéma forts. Pas forcément la claque qu’on pouvait attendre mais bien assez pour donner envie de voir les prochains films de sa réalisatrice. Et un tournant dans la carrière du sex symbol Jacob Elordi, bien décidé à peser dans le cinéma après le succès de la série culte Euphoria.

Film sorti en 2023 sur Prime Video 

Blog rédigé en solo par Gaspard Granaud. Avec la précieuse aide de Pierre pour la période avril-mai 2022, merci <3