FICTIONS LGBT

SEULE LA TERRE de Francis Lee : amour libérateur

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Premier long-métrage du réalisateur Francis Lee , « Seule la terre » (« God’s own country » en VO) nous propulse au coeur d’un petit village du Yorkshire. Le décor naturel est sublime mais c’est le genre d’endroits où il ne se passe rien ou si peu. Le personnage principal de cette fiction d’une rare tendresse, Johnny (magnifique Josh O’ Connor) travaille avec son père et sa grand-mère dans une petite ferme. Les temps sont durs, le travail est intense et besogneux. Sans perspective aucune, Johnny ne trouve comme seule distraction que d’aller au pub de la ville alentour pour se saouler régulièrement. Parfois, il croise dans les toilettes des garçons de passage pour des parenthèses sexuelles animales durant lesquelles il refuse de montrer le moindre signe d’affection (il n’embrasse pas).

Le quotidien morne de ce fermier assez primitif va chavirer avec la venue d’un nouvel arrivant dans la ferme. Gheorghe (Alec Secareanu), un beau garçon qui vient de Roumanie, est recruté pour prêter main forte pendant une semaine. Le père de Johnny est mal en point. Si la tension est d’abord au rendez-vous entre Gheorghe et Johnny, ils vont apprendre à se connaître après une intense étreinte. Petit à petit, Gheorghe essaie d’apprivoiser son partenaire bourru. Johnny va apprendre à son contact à s’ouvrir, à laisser au placard sa bestialité pour découvrir une forme d’amour qu’il s’interdisait jusqu’alors. Mais est-il vraiment prêt à s’autoriser toute cette affection ?

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De par l’environnement qui nous plonge au milieu des troupeaux et ses deux personnages qui s’embarquent dans un premier temps dans une liaison un poil clandestine, « Seule la terre » fait forcément penser à « Brokeback Mountain ». On y retrouve l’alliance poignante d’un garçon sauvage et d’un autre plus tendre et sensible qui l’amène à baisser la garde. Mais ce long-métrage de Francis Lee détourne habilement les schémas préconçus, les attentes, pour tisser une histoire d’amour aussi puissante que lumineuse. En ce sens, on peut dire qu’on a enfin trouvé l’antidote à la love story maudite des cowboys américains.

La mise en scène, exigeante, fait la part belle aux décors naturels et nous fait suivre le quotidien un peu austère de Johnny. On comprend son étouffement, sa détresse, son enfermement intérieur qui va de pair avec un sens du devoir. Le film accède à une autre dimension une fois que surgit le personnage de Gheorghe. C’est un garçon magique, c’est l’amour, une caresse irrésistible et poignante. Dès lors, on ne fait que croiser les doigts pour que cette belle chose qui se produit à l’écran perdure.

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Là où l’ensemble aurait vite pu tourner au cocktail habituel de culpabilisation, de tragédie et d’homophobie, le réalisateur préfère une vision plus moderne et optimiste, infiniment humaniste. Aux scènes charnelles réalistes s’opposent les sentiments grandissants qui passent par une infinité de détails qui font mouche. De quoi toucher en plein coeur et donner des ailes au spectateur à la sortie de la séance. Beau et libérateur, tout simplement.

Film sorti au cinéma le 6 décembre 2017 / Disponible en DVD et VOD

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