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Skins, saison 3 (2009) : adolescence sans tabous

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Dans l’univers des séries adolescentes, la britannique Skins s’est imposée comme un modèle trashy et underground. Affichant une réalisation de qualité, ce teenage drama sans aucune langue de bois continue de dépeindre les tribulations d’une jeunesse désillusionnée avant l’heure, délicieusement rock’n roll.

Pour sa saison 3, Skins affiche un casting renouvelé. Seules Effy (Kaya Scodelario) et Pandora (Lisa Backwell) aperçues dans les précédentes saisons rempilent. Elles ont à leurs côtés de nouvelles têtes plus ou moins folles et charismatiques. Désormais les garçons et les filles font bande à part. D’un côté Freddie (Luke Pasqualino), Cook (Jack O’ Connell) et JJ (Ollie Barbieri) qui sont tous obsédés par la même chose : Effy, jeune fille rebelle qui les aguiche, provoque mais aussi les détruit. De l’autre, Effy (encore elle) et sa copine gourde Pandora. Gravitent autour d’autres personnages telles que les deux jumelles Emily et Katie (Kathryn et Megan Prescott), l’indécise Naomi (Lily Loveless) ou le candide Thomas (Merveille Lukeba).

Il faut un certain temps pour s’attacher aux différents personnages, c’était déjà le cas lors de la saison 1 avant l’envolée dramatique de la saison 2, chacun aura à nouveau sa préférence. Globalement le bilan s’avère plus que positif : après des premiers épisodes plus rock’n roll que jamais (la série n’hésite plus à mettre en scène des personnages extrêmes comme celui de Cook à la fureur jouissive), la sensibilité prend peu à peu le relais. Sans éviter certaines fausses notes (l’épisode sur Thomas tout bonnement inintéressant), Skins accomplit pleinement son rôle de divertissement en jouant avec les différentes facettes de l’adolescence et en brassant les thèmes qui lui sont chers (incompréhension des parents, homosexualité, sexualité tout court, quête de soi, quête de l’autre…). Plus potache et cliché par moments (une représentation du lyçée qui laisse sans voix) mais aussi souvent plus osé (les ados baisent ici comme ils se grillent des cigarettes, boient de la vodka comme de la limonade et teuffent dans la forêt sous champis) ces nouvelles aventures réservent leur lot de surprises et de sentiments.

Avant tout un triangle amoureux. Celui entre Effy, Freddie et Cook. Les deux garçons voient leur amitié particulièrement ébranlée à cette occasion. Freddie le romantique avec son physique de mannequin serait à priori l’archi favori. Mais ce serait sans compter sur les penchants autodestructeurs de l’objet de son affection  qui l’amèneront à s’acoquiner plus d’une fois avec le bad boy serial fucker de service qu’est Cook. Si l’intrigue sent parfois le réchauffé et emploie des ressorts connus, elle a au moins le mérite d’être efficace.

Exclu du trio amoureux avant même qu’il commence, le loser JJ dispose pour sa part d’un épisode touché par la grâce. De loin celui le plus original et le plus sensible de la saison. Un ado complexé, angoissé, incompris, qui trouve refuge dans la magie et qui ne parvient pas à sortir de l’enfance.

On retiendra aussi les beaux passages entre les jumelles ennemies Katie et Emily. La première est la bitch décérébrée de service qui sort avec le beauf du coin tandis que la deuxième va progressivement être amenée à gérer son homosexualité. Si on regrettera un pas en arrière (dans les deux premières saisons le gay Maxxie était parfaitement intégré à la bande dès le départ, son orientation sexuelle était normalisée, ici Emily aura besoin de temps avant d’imposer sa nature), le traitement de cette naissance du désir est souvent touchante. Et surtout l’esquisse d’une relation d’amitié entre JJ et Emily offre des moments réjouissants. Enfin il y a Pandora, le personnage débile et cliché qui est là pour nous faire marrer et qui ne faillit pas à la tâche. Pas si « useless » que ça…

S’appuyant sur une formule qui marche, Skins continue donc avec brio son chemin avec une nouvelle équipe globalement charismatique. Et grâce à sa réalisation soignée et sa bande originale réjouissante (Santogold, Nancy Sinatra, Lily Allen, Notwist, The Clash, Boards of Canada, Debussy, John Lennon, Maps, Joy Division,Passion Pit, Little Boots, Elbow, Ting Tings, pour ne citez qu’eux – rien que ça !), elle s’inscrit comme le show le plus proche de la jeune génération, aussi hype que torturée, aussi paradoxale, délurée que sensible et décalée. Passionnant et déjà culte.

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)