
FICTIONS LGBT
SOCRATES d’Alex Moratto : survivre
Mêlant errance très personnelle et film social, Socrates est un projet financé par Unicef pour favoriser l’inclusion sociale d’adolescents défavorisés de la Baixada Santista (Banlieue de São Paulo au Brésil) grâce au cinéma. Il a ainsi été produit par une bande de jeunes de 16 à 20 ans de L’institut Querô. Et le résultat, fort, fait songer souvent à un film des Frères Dardenne.
Dans un Brésil qui n’a rien à voir avec la carte postale que le cinéma peut parfois en faire, Socrates (Christian Malheiros) doit composer avec la mort de sa mère. Non seulement il perd le plus grand soutien de sa vie (pour ne pas dire le seul) mais en plus il se retrouve dans une situation très compliquée : il est encore mineur et peine à trouver un travail pour survivre et va essayer tout ce qu’il peut pour ne pas atterrir dans un foyer ou retourner chez son père bigot et violent.
Vivant au jour le jour, le jeune homme se bat pour tenter de gagner un peu d’argent de toutes les façons possibles et avoir de quoi manger. Un jour, alors qu’il dégote une petite mission sur un chantier, il croise le chemin de Maicon (Tales Ordakji). Un garçon un peu plus âgé que lui avec lequel il a une altercation. Curieusement, Maicon le recontacte plus tard. Derrière ses airs de dur à cuire, ce dernier se révèle être attiré par Socrates. Ils se rapprochent. Mais très vite le climat homophobe des rues les rattrapent.
Il y a dans la mise en scène du film quelque chose de très vivant, d’instinctif. On est complètement aux côtés du personnage principal magnifiquement incarné par le jeune Christian Malheiros. C’est un de ces films où l’on a envie de prendre le « héros » dans ses bras du début à la fin. Socrates a un regard débordant de sensibilité et de bonté et ce sont un peu tous les malheurs du monde qui s’abattent progressivement sur lui. Récit de deuil et de survie, ce film indépendant très incarné et souvent vibrant dresse un tableau sombre des banlieues brésiliennes où la misère fait rage et où l’homosexualité est difficile à vivre.
Socrates cherche tout le long du métrage une main tendue, de l’amour, mais se confronte à la dureté de la société et à la monstruosité de ceux qu’ils croisent. Nous sommes en 2019 et un père rejette son enfant car il est gay, l’homosexualité se vit clandestinement et dans le déni de soi… A la fois engagée et sensible, une oeuvre qui prend aux tripes.
Film produit en 2019. Disponible en DVD aux éditions Optimale et sur la plateforme de Films LGBT Queerscreen