FICTIONS LGBT

TAXI ZUM KLO de Frank Ripploh : liberté avant l’apparition du Sida

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Frank (Frank Ripploh) a la trentaine et vit en Allemagne de l’Ouest. Homme de la ville, il aime l’anonymat que lui procure la vie ubaine. Car Frank mène d’une certaine façon une double vie. Le jour, il est le pédagogue et rigolo Monsieur Ripploh, professeur dans une école élémentaire. Le soir, il traîne dans les toilettes et autres lieux de drague, toujours à l’affût d’un nouveau coup d’un soir. Frank est gay et l’assume plus ou moins. Ses parents sont au courant (et se font du soucis), ses rares amis sont très ouverts sur la question. Il prend soin de ne jamais trop se lier avec ses collègues de travail histoire de ne pas faire d’histoires. Nous sommes dans les années 70, les hommes baisent discrètement un peu partout, le Sida n’a pas encore fait son apparition. Entre deux étreintes, Frank croise le chemin de Bernd (Bernd Broaderup), un garçon un peu timide qui travaille dans un cinéma. Il le drague, ils s’envoient en l’air et il se passe de suite quelque chose. Peu de temps après, Bernd emménage chez lui et commence à aborder la perspective d’une vie de couple, idéalement à la campagne. De plus en plus attaché, Frank est amené à réfléchir sur sa vie, ses priorités. Car si Bernd est important pour lui, ses escapades nocturnes, sa vie trépidante de gay célibataire et ouvert à tout, l’est aussi. Pas facile de se décider…

taxi zum klo

Film gay allemand culte, Taxi zum Klo est sorti en 1980 dans des versions souvent légèrement censurées. On peut aujourd’hui le retrouver en version « Director’s Cut » en DVD et sur Queerscreen, l’occasion de ne rien louper de la vie épicée de ce cher Frank. On devine que l’œuvre est infiniment personnelle, Frank Ripploh étant le réalisateur, l’acteur principal du film (et le nom du personnage qu’il incarne). Et le moins que l’on puisse dire c’est que des décennies plus tard, le film est toujours aussi juste sur la vie d’un gay célibataire.

Certes, les temps ont changé : ici on drague dans les chiottes, dans la rue, par réseau téléphonique et non pas par Internet ou par téléphone portable. Mais la conclusion est la même : les gays des villes peuvent accumuler les rencontres éphémères jusqu’à se faire tourner la tête au point de jouir d’une liberté pas facile à délaisser une fois que l’amour pointe le bout de son nez.

taxi zum klo

Alors que Bernd parle de s’installer à la campagne à Frank, ce dernier lui répond que certes la ville peut être glaciale, provoquer l’anonymat, ne nous offrir que des relations plus brèves, moins profondes. Mais elle permet aussi de faire plus de rencontres, de mener une vie plus aventureuse. Et des aventures sexuelles, Frank en vit beaucoup. Taxi zum Klo expose sans tabous des scènes bien explicites de sexe entre hommes. Tous les fantasmes ou petites perversions y passent : voyeurisme, pénétrations, léchage de pieds, fessée, uro…Le tout est filmé avec une extrême bienveillance, la caméra ne juge jamais et nous montre un homme qui va au bout de toutes ses envies.

Les acteurs sont géniaux, la réalisation maîtrisée, trouvant un parfait équilibre entre désir de fiction et de justesse proche du documentaire, nombre de répliques font mouche. Nous assistons au portrait d’un homme et de son époque, pris au piège de ses envies paradoxales. Frank aimerait tout avoir : la sécurité et la tendresse de la vie de couple, le frisson et les rencontres multiples de la vie de célibataire, la vie équilibrée d’un gentil professeur et les péripéties nocturnes réservées aux adultes. Pourra-t-il faire un choix ?

Frontal, lucide, à la fois tendre et explicite, plein d’humour et teinté de mélancolie, Taxi zum Klo est une véritable référence du genre que je ne peux que vous conseiller.

Film sorti en 1980 et disponible en streaming légal sur la plateforme de Films LGBT Queerscreen

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)