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THE BREEDING de Daniel Armando : les limites du fantasme

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The Breeding, thriller gay érotique, n’est jamais sorti en France, même pas en DVD. Il a toutefois beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie aux Etats-Unis et pas forcément pour le film en lui-même. Dérangeant à bien des niveaux, cette production underground pose beaucoup de questions et n’a pas peur d’aborder des sujets sensibles.

Thomas (Marcus Bellamy) est un jeune artiste gay et noir. Il vit avec son petit ami, noir lui aussi, Amadi (David J. Cork). Ils forment un couple en apparence solide. Sauf que depuis quelques temps, Thomas a du mal à avancer sur ses projets artistiques (des dessins érotiques qui rappellent l’univers de Tom of Finland), profitant de travailler à domicile pour fantasmer. Quand il est seul chez lui, Thomas s’évade en parcourant sur Internet des vidéos x, des articles ou récits qui traitent de jeux de rôles sexuels. Il est en effet attiré par le « race play ». Son fantasme : être soumis sexuellement, traité en esclave, par des hommes blancs âgés. Jusqu’ici le jeune homme a toujours réussi à gérer ses pulsions et les cacher. Mais voilà qu’elles le submergent et qu’il ressent le besoin de passer à l’acte. Il converse notamment via un réseau gay avec Lee (Joe MacDougal), un dominateur très cérébral.

Dépassé par des pulsions sexuelles qu’il n’ose assumer et trop lourdes à porter, Thomas se renferme et son couple commence à battre de l’aile. Son doux compagnon Amadi se sent de moins en moins désiré et se met à être lui-même tenté par l’idée de l’adultère. Il se laisse notamment approcher par Jackson (Patrick Kuzara), un trentenaire blanc bourgeois qui fantasme pour sa part sur les hommes noirs et les fétichise à outrance.

L’espace de quelques jours décisifs, les pulsions bestiales des personnages masculins vont donner lieu à des rencontres sulfureuses et potentiellement dangereuses.

the breeding film gay daniel armando

Le moins qu’on puisse dire c’est que The Breeding met mal à l’aise. On pourra dire ce que l’on veut du film de Daniel Armando mais il a le mérite d’aborder avec beaucoup de sincérité et de courage un sujet très tabou. Chez les gays, le fantasme Maître / Esclave est assez répandu. Il se pratique de plusieurs façons : en mode BDSM ou de façon plus érotique et cérébrale. Dans le domaine du sexe, les interdits et tabous disparaissent et les pulsions animales se déchainent. Mais ce qui donne du plaisir est parfois si difficile à assumer…

Le personnage principal de The Breeding est franchement fascinant, attachant aussi. Le film retranscrit très bien ce drôle de sentiment très masculin qu’est celui de passer comme dans un état second alors qu’on a des fantasmes débordants. La tête vrille, le corps réclame, on n’est plus nous-mêmes. L’onanisme permet de calmer les choses un temps mais la tentation de passer à l’acte est parfois si forte… Thomas est un beau mec, il a l’amour qu’il lui faut à la maison mais il a en lui ces pulsions de soumission, ces fantasmes proscrits. Comment assumer sa soif de role play sexuel quand on est noir et qu’on a soi-même souffert du racisme ? D’où viennent ces fantasmes ? Sont-ils une conséquence, une matérialisation des attaques subies par le passé, une façon d’érotiser ce qui a détruit préalablement ?

Ce n’est peut-être pas un hasard si on entend plus parler de jeux Maître / Esclave dans la communauté gay. Car quand on y réfléchit, la majorité des gays ont connu la violence de l’homophobie, ont au moins été une fois fortement rabaissé en raison de leur orientation sexuelle. Il est un peu cliché et facile de présumer que c’est la raison pour laquelle certains aiment être traités en esclave, en « lopes », être mis en laisse ou autre au lit. Mais c’est une vraie piste de réflexion. 

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Ces actes, bien plus répandus qu’on ne le pense,  ne sont jamais assumés, surtout par ceux qui sont dans la position de passif / soumis / esclave. Car aux yeux de la société tout cela est toujours pointé du doigt comme dégradant, « Mal ». Mais l’humain est ainsi fait et cette zone de jeu si mystérieuse et intense que constitue le sexe dépasse souvent la raison, le rationnel.

Dans la vie de tous les jours, Thomas ne supporterait pas d’être traité comme inférieur en raison de sa couleur de peau. Mais dans le fantasme sexuel, s’abandonner et être mis en laisse, dominé verbalement, l’excite terriblement. Le long-métrage suit son vertigineux itinéraire jusqu’à la concrétisation de ses désirs inavoués… pour le pire. Thomas ne va en effet pas vraiment tomber sur la bonne personne pour jouer. Si on peut regretter que le retournement de situation au coeur de l’intrigue donne une mauvaise image un peu moralisatrice sur la sexualité hard, il faut avouer que cela apporte à l’oeuvre son lot de tension et de sensations fortes et pousse les interrogations à leur paroxysme. 

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En biais, via une intrigue secondaire, The Breeding parle aussi de la fétichisation des hommes noirs dans la communauté gay à travers le personnage assez monstrueux de Jackson, blanc trentenaire bobo qui raffole de « Big Black Cock » et cherche constamment en ligne des étalons noirs pour le dominer. Il lui arrive aussi de payer des mecs noirs pauvres pour assouvir ses fantasmes et les filmer… 

Brute de décoffrage, cette production dont on devine que le budget était tout petit, évoque mine de rien avec beaucoup de justesse et de franchise des sujets peu abordés car trop provocants, borderline et sulfureux. Elle montre un racisme insidieux, parfois faussement ludique sous couvert de sexe et réellement dévastateur, interroge les limites de la sexualité et de la morale. A la fin de sa vision, on pourrait avoir de nombreux débats vraiment captivants. En cela The Breeding est une vraie belle découverte indé, portée par l’interprétation troublante et très physique de son acteur principal Marcus Belllamy.

Et puis voilà qu’on découvre qu’il y a une grosse histoire bien glauque derrière ce film… Après son tournage, l’acteur Marcus Bellamy, a en effet complètement et gravement vrillé. En couple mais mal dans sa peau, il est devenu accro à des drogues dures. Après avoir consommé de la crystal meth avec son copain, il l’a assassiné ! Il s’est livré aux forces de l’ordre racontant avoir eu une hallucination : perché, il s’était convaincu qu’il devait tuer son mec pour son propre bien. Cette histoire complètement horrible rend The Breeding encore plus perturbant.

Film produit en 2018 et disponible en Import DVD

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)