CINEMA

THE CARETAKER (Le concierge) de Clive Donner : infernal trio

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Film britannique rare de Clive Donner, The caretaker (ayant circulé avec le titre Le concierge pour sa sortie française) est l’adaptation de la pièce éponyme d’Harold Pinter. Etouffement et rapports de force au menu de cette oeuvre qui ne manque pas de mettre mal à l’aise.

Au coeur de la nuit, Mick (Alan Bates), a un air pensif alors qu’il est seul dans sa vieille maison. En ville, son frère Aston (Robert Shaw) croise le chemin d’un vieillard, Davies (Donald Pleasence), qui est à la rue. Malgré le fait que la compagnie de Davies apparait instantanément comme désagréable (il parle fort, ne cesse de se plaindre quand il ne témoigne pas d’un racisme ouvertement affiché), Aston lui propose de le loger pour le dépanner.

Davies pénètre ainsi dans son minuscule studio légèrement insalubre, encombré de journaux et de vieux objets. Les jours qui suivent, Aston laisse miroiter à Davies un poste de concierge dans sa maison. Il a notamment le projet de construire une sorte de cabane dans son jardin. Et puis entre dans la partie Mick qui se plait à effrayer, sadiser et embrouiller le vieil homme. Dès que son frère n’est pas là, il s’amuse à le contredire et propose à Davies de lui offrir lui aussi un poste, celui de décorateur d’intérieur du bâtiment qu’il rêve de retaper. Alors que progressivement les masques tombent, Davies est pris en étau entre les deux frères qui ne sont clairement pas nets…

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C’est peu dire que le film est étrange. La mise en scène, millimétrée, nous fait sentir toute la promiscuité asphyxiante dans le petit studio d’Aston et les tensions étranges qui rythment sa relation avec son frère. Les deux frangins ont chacun leur part de folie, leur cruauté, et Davies, vieillard à la rue et proie facile, va se retrouver au milieu de leurs délires. Tout le monde parle, rêve, se croit plus fort que l’autre mais au final il n’y aura plus que le néant et la frustration.

L’atmosphère est très bizarre, pesante, avec ces silences qui en disent long et une musique de fond dissonante. On se demande où tout cela va, on en viendrait presque à se demander si les deux frères sont vraiment frères (il y a un petit truc crypto gay dans l’air), s’ils ne sont pas deux psychopathes.  Très noire, l’oeuvre est assez ardue à suivre malgré l’excellence de la mise en scène, du jeu du trio d’acteurs et de l’écriture aux petits oignons. Sans doute parce que tous les protagonistes ont ce je ne sais quoi d’abject, de fou et que les regarder se manipuler et se déchirer est un spectacle assez sordide. On pense forcément à The Servant dont Pinter avait signé le scénario. The caretaker apparait comme une variation de celui-ci, plus intimiste si on peut dire, plus désespéré et cruel encore.

Film sorti en 1963

Le seul et l'unique rédacteur de Pop and Films ;)